‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 141 sur 260 · ACTE I, SCÈNE III 23o · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III 23o

Lps glaives, les couteaux sont déjà préparés : Toute la nation à la fois est prosi^rite. Aman, l'impie Aman, race d'Amalécite , A pour ce coup funeste armé tout son crédit; El le roi . trop crédule, a signé cet édit. Prévenu contre nous par cette bouche impure , Il nous croit en horreur à toute la nature : Ses ordres sont donnés, et dans tous ses États Le jour fatal est pris pour tant d'assassinats. Cieux, éclairerez-vous cet horrible carnage? Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l'âge '; Tout doit servir de proie aux tigres, aux vautours : Et ce jour effroyable arrive dans dix jours *.

0 Dieu, qui vois former des desseins si funestes. As-tu donc de Jacob abandonné les restes?

UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES

Ciel! qui nous défendra, si tu ne nous défends?

MARDOCnÉE.

Laissez les pleurs, Esther, à ces jeunes enfants. En vous est tout l'espoir de vos malheureux frères ; Il faut les secourir : mais les heures sont chères; Le temps vole, et bientôt amènera le jour Où le nom des Hébreux doit périr sans retour. Toute pleine du feu de tant de saints prophètes. Allez, osez au roi déclarer qni vous êtes.

Hélas ! ignorez- vous quelles sévères lois Aux timides mortels cachent ici les rois? Au fond de leur palais leur majesté terrible

1 f.omme toute cette poésie est hardiment et nalurellemenl figurée ! On avait «■xprimé celte idée; mais qui avait dit que le ler <ie conna'iraii ni sexe, ni âge? (L.) Homère a été encore plus hard : il prétp au fer du euerrior le désir de percer le corps de l'ennemi. (G.)

î Etihrr, ch. TIII. V. fi.

-23') ESTHKK

Affecte à leurs sujets de se rendre invisible;

Et la mort est le prix de tout audacieux '

Qui sans être appelé se présente à leurs yeux,

Si le roi dans l'instant, pour sauver le coupable,

Ne lui donne à baiser son sceptre redoutable.

Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal.

Ni le rang, ni le sexe ; et le crime est égal.

Moi-même sur son trône, à ses côtés assise,

Je suis à cette loi comme une autre soumise :

Et, sans le prévenir, il faut pour lui parler

Qu'il me cherche , ou du moins qu'il me fasse appeler.

MARDOCHÉE

Quoi ! lorsque vous voyez périr votre patrie, Pour quelque chose, Esther, vous comptez voire vie ! Dieu parle : et d'un mortel vous craignez le courroux ! Que dis-je? votre vie, Esther, est-elle à vous? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue? N'est-elle pas à Dieu, dont vous l'avez reçue? Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisit vos pas*. Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas? Songez-y bien; ce Dieu ne vous a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie, Ni pour charmer les yeux des profanes humains : Pour un plus noble usage il réserve ses saints. S'immoler pour son nom et pour son héritage. D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage : Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours! Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours? Que peuvent contre lui tous les rois de la terre? En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre : Pour dissiper leur hgue il n'a qu'à se montrer;

' Esther devait d autant plus craindre pour sa vie en paraissant devant Assuérus sans son ordre, qu'il y avait trente jours, dit l'Écriture, que le roi ne l'avait appelée. (G.) Voyez Esth..ch. iv, \. 10 et II.

s Etih.. ch. IV, V. H.

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