ACTE 1, SCÈNE 111 ÛM
II parle , et dans la poudre il les fait tous rentrer ^. Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble -; Il voit comme un néant tout l'univers ensemble ; VA les faibles mortels , vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas*.
S'il a permis d'Aman l'audace criminelle, Sans doute qu'il voulait éprouver votre zèle. C est lui qui, m'excitant à vous oser chercher, Devant moi, chère Esther, a bien voulu marcher : lit s'il faut que sa voix frappe en vain vos oreilles. Nous n'en verrons pas moins éclater ses merveilles. Il peut confondre Aman, il peut briser nos fers l'aria plus faible main qui soit dans l'univers; Kt vous, (jui n'aurez point accepté cette grâce, Vous périrez peut-être, et toute votre race*.
Allez ; que tous les Juifs dans Suse répandus,
A prier avec vous jour et nuit assidus .
Me prêtent de leurs vœux le secours salutaire ,
Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère ».
Déjà la sombre nuit a commencé son tour :
Demain, quand le soleil rallumera le jour.
1 Voilà du sublime tel qu'on n'en trouve point dans les tragédies profanes de Racine, ni naéme dans Corneille. Le vers de J.-B. Rousseau.
11 parle, et nous voyons leurï trônes mis en poudre.
(Gant, tiré du Ps. xlvii.;
est une imitation bien languissante de celui de Racine. (G.)
* La mer fuit est une image empruntée du Ps. cxiii, v. 3, Marevidit, et fugit. Le ciel irembte est une idée d'Homère, que Virgile et Ovide ont imitée. Remar- (juons que ce vers, dont l'harmonie est si forte, est composé tout entier de monosyllabes, à l'exception du mol tremble, dont la deuxième est étouffée par \'e muet. (G.)
' Omnes génies quasi non sinl, sic sunl coram eo {hàîe , ch. xl, v. 17.)
* Tout ce discours de Mardochée est d'une force et d'une éloquence vraiment divines. L'effet qu'il produit sur Esther est frappant et vraiment théâtral : elle n'oppose plui rien aux ordres de Dieu, qui lui parle par la bouche du prophèteelle ne raisonne plus, elle obéil. G."
-■ £w/...ch.iv. V. 16.
238 ESTHEK
Contente de périr, s'il faut que je périsse , J'iriii pour mon pays m'offrir en sacrifice. Qu'on s'éloigne un moment.
( Le chœur se retire vers le fond du théâtre.)