ACTE 1, SCENE IV r.VA
Pourrait anéantir la foi de tes oracles,
Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons,
Le Saint que tu promets, et que nous attendons?
Non, non, ne souffre pas que ces peujiles larouches.
Ivres de notre sang, ferment les seules bouches
Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits;
Et confonds tous ces dieux, qui ne furent jamais.
Pour moi, que tu reliens parmi ces infidèles,
Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,
Et que je mets au rang des profanations
Leur table, leurs festins et leurs libations :
Que même cette pompe où je suis condamnée,
Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée
Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés.
Seule et dans le secret je le foule à mes pieds;
(Ju'à ces vains ornements je préfère la cendre ,
Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre.
J'attendais le moment marqué dans ton arrêt,
Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt :
Ce moment est venu, ma prompte obéissance
Va d'un roi redoutable affronter la présence.
C'est pour toi que je marche, accompagne mes pas
Devant ce fier lion qui ne te connaît pas ;
Commande en me voyant que son courroux s'apaise ,
Et prête à mes discours un charme qui lui plaise.
Les orages, les vents, les cieux te sont soumis :
Tourne entin sa fureur contre nos ennenûs '.
1 Cette prière est d'une éloquence touchante, animée de l'enthousiasme des fcrivains sacrés; et l'auteur a su y placer en im^iges et en mouvements les faits principaux qui peuvent intéresser an sort des Juifs, ce qui est un mérite dans son plan. (L.)