SCÈNE IV ESTHER, ÉLISE, LE CHOEUR
0 mon souverain Roi • Me voici donc tremblante et seule devant toi ! Mon père mille fois m'a dit dans mon enfance Qu'avec nous tu juras une sainte alliance, Quand pour te faire un peuple agréable à tes yeux, Il plut à ton amour de choisir nos aïeux : Même tu leur promis de ta bouche sacrée Uue postérité d'éternelle durée.
Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi. La nation chérie a violé sa foi ; Elle a répudié son époux et son père ^, Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère : Maintenant elle sert sous un maitre étranger. Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger : Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes, Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes, Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel. Ainsi donc un peifide, après tant de miracles.
1 Eslh.,cli. XIV, V. à.
2 Répudier son époux et son père , manière énergique d'exprimer que la nation juive a renoncé à son Dieu. Cette hardiesse est d autant plus heureuse, que Sioii est toujours présentée, dans l'Ecriture, conime 1 épouse que Dieu avait choisie. Toute autre expression eût aflaibli l'idée du poète. C'est un crime de renier son Dieu : alors on ne croit plus ; mais le répudier, c'est y croire, et y renoncer. 11 y a u la fois mépris et ingratitude. (G. y