ACTE II, SCÈNE I
UNE AUTRE
Et sa voix m'a paru comine un tonnerre horrible.
ÉLISE
Comment ce courroux si terrible En un moment s'est-il évanoui ?
UNE ISRAÉLITE chante.
Un moment a changé ce courage inflexible : Le lion rugissant est un agneau paisible. Dieu, notre Dieu sans doute a versé dans son cœur Cet esprit de douceur ».
LE CnOEUR chante.
Dieu, notre Dieu sans doute a versé dans son cœur Cet esprit de douceur.
LA MÊME ISRAÉLITE chante.
Tel qu'un ruisseau docile - Obéit à la main qui détourne son cours , Et, laissant de ses eaux partager le secours, Va rendre tout un champ fertile :
Dieu, de nos volontés arbitre souverain, Le cœur des rois est ainsi dans ta main.
ÉLISE
Ah ! que je crains, mes sœurs, les funestes nuages
Qui de ce prince obscurcissent les yeux ! Comme il est aveuglé du cuite de ses dieux !
UNE 1SR.\ÉL1TE
11 n'atteste jamais que leurs noms odieux.
UNE AUTRE
Aux feux inanimés dont se parent les cieux '
1 Eslh., ch. V, V. 2.
* Ce vers est une imitation d un verset du livre des Proverbe$ déjà cité, acte I". scène 1".
s Louis Racine s'est approprié cette belle expression :
Aux feiii inanimés qui roulent sur leurs têtes. {La Religion, ch. m.)
C'est un fils qui hérite de son père; mais, en passant entre ses mains, le bien a perdu quelque chose de sa valeur : dont se pareni let deux ^ a plus de grâce- que i/ui roulent sur leurs lélef. f^G.)
Il rend de profanes hommages.
UNE AUTRE
Tout son palais est plein de leurs images.
LE CHŒUR chante
Malheureux, VOUS quittez le maître des humains Pour adorer l'ouvrage de vos mains ' !
UNE ISRAÉLITE chante.
Dieu d'Israi'l. dissipe enfin cette ombre : Des larmes de tes saints quand seras-tu touché?
Quand sera le voile arraché Qui sur tout l'univers jette une nuit si sombre? Dieu d'Israël, dissipe enfio cette ombre : Jusqu'à quand seras-tu caché?
UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES
Parlons plus bas, mes sœurs. Ciel! si quelque infidèle, Écoutant nos discours, nous allait déceler !
ÉLISE
Quoi ! fille d'Abraham, une crainte mortelle
Semble déjà vous faire chanceler !
Hé ! si l'impie Aman, dans sa main homicide, Faisant luire à vos yeux un glaive menaçant,
A blasphémer le nom du Tout-Puissant
Voulait forcer votre bouche timide !
UNE AUTRE ISRAÉLITE
Peut-être Assuérus, frémissant de courroux, Si nous ne courbons les genoux Devant une muette idole, Commandera qu'on nous immole.
Cbère sœur, que choisirez-vous ?
LA JEUNE ISRAÉLITE
Moi je'pourrais trahir le Dieu que j'aime ! J'adorerais un Dieu sans force et sans vertu.
1 Confundantur omnes qui adorant sculptilia. et qui gloriantur in simulacris suis. (Ps.xcvi, V. 7.)