‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 166 sur 260 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

UNE AUTRE

Et sa voix m'a paru comine un tonnerre horrible.

ÉLISE

Comment ce courroux si terrible En un moment s'est-il évanoui ?

UNE ISRAÉLITE chante.

Un moment a changé ce courage inflexible : Le lion rugissant est un agneau paisible. Dieu, notre Dieu sans doute a versé dans son cœur Cet esprit de douceur ».

LE CnOEUR chante.

Dieu, notre Dieu sans doute a versé dans son cœur Cet esprit de douceur.

LA MÊME ISRAÉLITE chante.

Tel qu'un ruisseau docile - Obéit à la main qui détourne son cours , Et, laissant de ses eaux partager le secours, Va rendre tout un champ fertile :

Dieu, de nos volontés arbitre souverain, Le cœur des rois est ainsi dans ta main.

ÉLISE

Ah ! que je crains, mes sœurs, les funestes nuages

Qui de ce prince obscurcissent les yeux ! Comme il est aveuglé du cuite de ses dieux !

UNE 1SR.\ÉL1TE

11 n'atteste jamais que leurs noms odieux.

UNE AUTRE

Aux feux inanimés dont se parent les cieux '

1 Eslh., ch. V, V. 2.

* Ce vers est une imitation d un verset du livre des Proverbe$ déjà cité, acte I". scène 1".

s Louis Racine s'est approprié cette belle expression :

Aux feiii inanimés qui roulent sur leurs têtes. {La Religion, ch. m.)

C'est un fils qui hérite de son père; mais, en passant entre ses mains, le bien a perdu quelque chose de sa valeur : dont se pareni let deux ^ a plus de grâce- que i/ui roulent sur leurs lélef. f^G.)

Il rend de profanes hommages.

UNE AUTRE

Tout son palais est plein de leurs images.

LE CHŒUR chante

Malheureux, VOUS quittez le maître des humains Pour adorer l'ouvrage de vos mains ' !

UNE ISRAÉLITE chante.

Dieu d'Israi'l. dissipe enfin cette ombre : Des larmes de tes saints quand seras-tu touché?

Quand sera le voile arraché Qui sur tout l'univers jette une nuit si sombre? Dieu d'Israël, dissipe enfio cette ombre : Jusqu'à quand seras-tu caché?

UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES

Parlons plus bas, mes sœurs. Ciel! si quelque infidèle, Écoutant nos discours, nous allait déceler !

ÉLISE

Quoi ! fille d'Abraham, une crainte mortelle

Semble déjà vous faire chanceler !

Hé ! si l'impie Aman, dans sa main homicide, Faisant luire à vos yeux un glaive menaçant,

A blasphémer le nom du Tout-Puissant

Voulait forcer votre bouche timide !

UNE AUTRE ISRAÉLITE

Peut-être Assuérus, frémissant de courroux, Si nous ne courbons les genoux Devant une muette idole, Commandera qu'on nous immole.

Cbère sœur, que choisirez-vous ?

LA JEUNE ISRAÉLITE

Moi je'pourrais trahir le Dieu que j'aime ! J'adorerais un Dieu sans force et sans vertu.

1 Confundantur omnes qui adorant sculptilia. et qui gloriantur in simulacris suis. (Ps.xcvi, V. 7.)

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