‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 167 sur 260 · ACTE 11, SCENE l · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE l

Reste d'un tronc par les vents abattu, Qui ne peut se sauver lui-même !

LE CHCEUR chante.

Dieux impuissants, dieux sourds, tous ceux qui vous implorent Ne seront jamais entendus :

Que les démons et ceux qui les adorent Soient à jamais détruits et confondus!

UNE ISRAÉLITE chante.

Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis '. Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie. Dans les craintes, dans les ennuis, En ses bontés mon âme se confie.

Veut-il par mon trépas que je le glorifie? Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis. Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie.

ÉLISE

Je n'admirai jamais la gloire de l'impie.

UNE AUTRE ISRAÉLITE

Au bonheur du méchant qu'une autre porte envie.

ÉLISE

Tous ses jours paraissent charmants *;

L'or éclate en ses vêtements :

Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse; Jamais l'air n'est troublé de ses gémissements ; Il s'endort, il s'éveille au son des instruments;

Son cœur nage dans la mollesse.

UXE AUTRE ISRAÉLITE.

Pour comble de prospérité, H espère revivre en sa postérité ;

1 Cette strophe est la seule qui paraisse faible et au-dessous du génie lyrique de l'auteur. (G.)

5 Vae qui consurgitis mane ad ebrietatern sectandam et potandum usque ad vesperam. ut vino aesluetisl Cilhara, et iyra, et tympanum , et tibia, et vinum. in conviviis vestris; etopus Domini non respicitis, ner opéra uianuum cius consi deratis. (/»ii>, ch. v, v. H et t2.)

2iii ESTHER

Et d'enfants à sa table une riante troupe Semble boire avec lui la joie à pleine coupe '

( Tout le reste est chanté.) LE CHŒUR.

Heureux, dit-on, le peuple florissant Sur qui ces biens coulent en abondance ! Plus heureux le peuple innocent Qui dans le Dieu du ciel a mis sa confiance - !

UNE ISRAÉLITE seule.

Pour contenter ses frivoles désirs L'homme insensé vainement se consume;

Il trouve l'amertume

Au milieu des plaisirs.

UNE AUTRE, seule.

Le bonheur de l'impie est toujours agité : Il erre à la merci de sa propre inconstance.

Ne cherchons la félicité

Que dans la paix et l'innocence.

LA MÊME, avec une autre

0 douce paix I 0 lumière éternelle !

Beauté toujours nouvelle !

Heureux le cœur épris de tes attraits ! 0 douce paix !

0 lumière éternelle !

Heureux le cœur qui ne te perd jamais !

1 Boire la joie, expression énergique et audacieuse, empruntée de Virgile, qui dit en parlant de Didon : Lonrjumque bibebal amorem. Mais Virgile est beaucoup plus hardi. Racine emploie un correctif; il se sert du mot coupe , qui adoucit la métaphore. J.-B. Rousseau, dans sa cantate de Bacchus, a plus imité Racine que Racine n'a imité Virgile ;

La céleste troope, Dans ce jus vante', Boit à pleine coupe L'immortalité.

2 Beatum dixerunt populum cui haec sunt: beatus populus cujus Dominus Deu* ejus. (Ps. cxLiii , V. 13.)

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