‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 181 sur 260 · ACTE m, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IV

Dieu fit choix de Cyms avant qu'il vît le jour ' , L'appela par son nom, le promit à la terre , Le fit naître, et soudain l'arma de son tonnerre. Brisa les fiers remparts et les portes d'airain. Mit des superbes rois la dépouille en sa main, De son temple détruit vengea sur eux l'injure : Babylone paya nos pleurs avec usure.

Cyrus, par lui vainqueur, publia ses bienfaits . Regarda notre peuple avec des yeux de paix . Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines; Et le temple déjà sortait de ses ruines. Mais , de ce roi si sage héritier insensé ', Son fils interrompit l'ouvrage commencé. Fut sourd à nos douleurs. Dieu rejeta sa race, Le retrancha lui-même, et vous mit en sa place. Que n'espérions-nous point d'un roi si généreux ' ! Dieu regarde en pitié son peuple malheureux. Disions-nous; un roi règne, ami de l'innocence. Partout du nouveau prince on vantait la clémence : Les Juifs partout de joie en poussèrent des cris. Ciel ! verra-t-on toujours par de cruels esprits Des princes les plus doux l'oreille environnée, Et du bonheur public la source empoisonnée ! Dans le fond de la Thrace un barbare enfanté Est venu dans ces lieux soufller la cruauté :

J Ce vers et les suivants sont la traduction poétique des quatre premiers versets du quarante-cinquième chapitre d'Isaïe. Bossuet, dans un style digne du prophète, avait déjà traduit ou plutôt paraphrasé ce passage disaïe: « Quel autre a fait un Cyrus, si ce n est Dieu, qui l'avait nommé deux cents ans avant sa nais sance dans les oracles d'Isaïe 1 — Tu nés pas encore, lui disait-il; mais je te vois, et je t ai nommé par ton nom : tu t'appelleras Cyrus. Je marcherai devant loi dans les combats; à ton approche, je mettrai les rois en fuile, je briserai les portes d'airain. C'fst moi qui étends les cieux, qui soutiens la terre, qui nomme ''e qui est comme ce qui n'est pas. » Oraiton funèbre du yrand Condé. (G.)

î Cambyse.

3 Ce morceau est d'autant plus adroit, qu'Esthermet rl;ms la bouche des Jui^» les louanges d'Assuérus. (L. B.)

278 ESÏHEK

Un ministre ennemi de votre propre gloire...

AMAN

De votre gloire ! moil Ciel 1 le pourriez-vous croire? Moi qui n'ai d'autre objet ni d'autre dieu...

ASSUÉRUS

Tais -toi'.

Oses -tu donc parler sans l'ordre de ton roi !

Notre ennemi cruel devant vous se déclare *.

C'est lui; c'est ce ministre in6dèle et barbare

Qui , d'un zèle trompeur à vos yeux revêtu,

Contre notre innocence arma votre vertu.

Et quel autre, grand Dieu! qu'un Scythe impitoyable

Aurait de tant d'horreurs dicté l'ordre effroyable?

Partout l'affreux signal en même temps donué

De meurtres remplira l'univers étonné :

On verra, sous le nom du plus juste des princes,

Un perfide étranger désoler vos provinces,

Et dans ce palais même, en proie à son courroux,

Le sang de vos sujets regorger jusqu'à vous.

Et que reproche aux Juifs sa haine envenimée? Quelle guerre intestine avons-nous allumée? Les a-t-on vus marcher parmi vos ennemis ? Fut- il jamais au joug esclaves plus soumis ? Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie, Pendant que votre main sur eux appesantie A leurs persécuteurs les livrait sans secours, Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours, De rompre des méchants les trames criminelles,

1 La dureté de cet ordre est une image fidèle du mépris qu'avaient les des])otes de l'Asie pour ces premiers esclaves de leurs caprices. Auguste, dans une monarchie naissante et beaucoup plus polie que celle de Perse, parle autrement à Cinna; il lui dit du ton le plus modéré : Tu tiens mal ta promesse; acte V, scène I. (G.)

î Eslh.. ch. vu . V. 6.

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