ACTE I, SCÈNE II
Je le pris tout sanglant. Et baignant son visage ,
Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage ;
Et, soit frayeur encor, ou pour me caresser,
De ses bras innocents je nie sentis presser.
<"ïrand Dieu, que mon amour ne lui soit point funeste !
Du ûdèle David c'est le précieux reste :
Nourri dans ta maison en l'amour de ta Loi,
Il ne connaît encor d'autre père que toi.
Sur le point d'atta]uer une reine homicide,
A Taspect du péril si ma foi s'intimide,
Si la chair et le sang, se troublant aujourd'hui.
Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui,
Conserve l'héritier de tes saintes promesses ',
Et ne punis que moi de toutes mes faiblesses !
JOAD
Vos larmes. Josabeth, n'ont rien de criminel :
Mais Dieu veut qu'on espère en son soin paternel.
Il ne recherche point, aveugle en sa colère,
Sur le ûls qui le craint l'impiété du père *.
Tout ce qui reste encor des fidèles Hébreux
Lui viendront aujourd'hui renouveler leurs vœux.
Autant que de David la race est respectée.
Autant de Jézabel la fille est détestée.
Joas les touchera par sa noble pudeur.
Où semble de son sang reluire la splendeur ;
Et Dieu, par sa voix même appuyant notre exemple,
De plus près à leur cœur parlera dans son temple :
Deux infidèles rois tour à tour l'ont bravé ' :
Il faut que sur leur trône un roi soit élevé.
1 On peut rapprocher de cette admirable prière de Josabeth celle que Massillon .
d.ins son sermon du vendredi saint {Peiit Carime), adresse à Dieu jtour le jeune
Louis XV, qu'il appelle aussi \'enfant précieux. î '• Le fils ne portera pas l'iniquité du père." ( Kséch.ch. .wiii, v. 20.) 3 Période de six vers pleins de majesté et d'harmonie. Tour a tour, pour -vu» -
r'»»ivement, l'un après l'autre. Ce serait en prose une petite faute. (G.)
;)li ATHALIE
Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres, L'a tiré par leurs mains de l'oubli du tombeau , Et de David éteint rallumé le flambeau'.
Grand Dieii^, si tu prévois qu'indigne de sa race * Il doive de David abandonner la trace, Qu'il soit comme le fruit en naissant arracbé, Ou qu'un souffle ennemi dans sa fleur a séché ' î Mais si ce même enfant, à tes ordres docile, Doit être à tes desseins un instrument utile, Fais qu'au juste héritier le sceptre soit remis ; Livre en mes faibles mains ses puissants ennemis; Confonds dans ses conseils une reine cruelle ' ! Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur, De la chute des rois funeste avant-coureur ^ !
L'heure me presse : adieu. Des plus saintes familles Votre fils et sa sœur vous amènent les filles.
1 L'exactitude demand;iit a rallume. (AcadJ — Massillon a été presque aussi iiardi quelîacine. " Vous, dit-il au jeune Louis XV, vous qu'il a rallumé comrr.e une étincelle précieuse dans le sein même des ombres de la mort, où il venait d'éteindre votre auguste race, et où vous étiez sur le point de vous éteindre vous-même. >> {Petil Carême, sermon pour la fête de la Purification.)
î Nous avons vu la prière de Josabeth , douce et touchante , pleine du sentiment le plus tendre, et terminée i)ar un trait de dévouement héroïque; celle du grand prêtre est mâle, ferme, courageuse, pleine de grandeur et d'énergie. Cette prière de douze vers semble ne former qu'une seule période , dont les divers membres , dépendant l'un de l'autre , s'attirent , s'enchaînent , se succèdent avec rapidité, et forment l'ensemble le plus harmonieux. (G.)
3 (. Le Seigneur a toujours soufflé sur les races orgueilleuses, et en a fait sécher la racine. « (Massillon, Petil Carême.)
i " Seigneur, confondez, je vous prie, Achitophel d-ms ses conseils. » (II RoU . ch. XV, v. 31.'
•'' Il n'y a point d'expression pour louer un pareil style . ([ue le transport et le cri de l'admiration. Ce langage, celte harmonie, ont quelque chose au-dessus de l'humain; tout est céleste, tout est inspiration. (L.)