‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 199 sur 260 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

JOAD

Ne VOUS l'ai-je pas dit? nos prêtres, nos lévites.

JOSABETH

Je sais que, près de vous en secret assemblé ',

Par vos soins prévoyants leur nombre est redoublé ;

Que, pleins d'amour pour vous, d'horreur pour Athalie,

Un serment solennel par avance les lie -

A ce fils de David qu'on leur doit révéler.

Mais quelque noble ardeur dont ils puissent brûler',

Peuvent-ils de leur roi venger seuls la querelle ?

Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle ?

Doutez-vous qu'Athalie, au premier bruit semé

Qu'un lîls d'Ochozias est ici renfermé .

De ses fiers étrangers assemblant les cohortes ,

N'environne le temple, et n'en brise les portes?

Suffira-t-il contre eux de vos ministres saints,

Qui, levant au Seigneur leurs innocentes mains.

Ne savent que gémir et prier pour nos crimes ,

Et n'ont jamais versé que le sang des victimes ?

Peut-être dans leurs bras Joas percé de coups...

JOAD

Et comptez-vous pour rien Dieu, qui combat pour nous; Dieu, qui de l'orphelin protège l'innocence. Et fait dans la faiblesse éclater sa puissance;

• On ne dit pas en prose «« nombre ansemble ; mais le sens est si clair, qu'on excuse cette licence poétique en faveur de la précision. (G.)

i Quoique l'esprit et le caractère essentiel de toute la pièce siient de présenter toujours Dieu dans tous les événements, cependant le grand prêtre n'a négligé aucune des précautions qu'exige la prudence humaine. Celte sage prévoyance est \\n devoir : il faut commercer par faire tout ce que peut un mortel, et attendre ensuite le secours divm avec une confiance inaltérable. Tel est le personnage de Joad. le plus étonnant, le plus sublime qu'il y ait au théâtre. (G.)

3 Geoffroy a observé que la régularité de la construction demanderait : Hi quelque noble ardeur qu'ili puistent brûler. Il est cependant remarquable que Boileau a usé de la mi^me licence dans sa satire xi , et dans sa première épUre au roi. (A. M.l

Dieu, qui hait les tyrans, et qui dans Jezraël i

Jura d'exterminer Achab et Jézabel ;

Dieu, qui, frappant Joram, le mari de leur tille,

A jusque sur sou fils poursuivi leur famille -;

Dieu, dont le bras vengeur, pour un temps suspendu ',

Sur cette race impie est toujours étendu?

JOSABETH

Et c'est sur tous ces rois sa justice sévère Que je crains pour le fils de mon malheureux frère. Qui sait si cet enfant, par leur crime entraîné, Avec eux en naissant ne fut pas condamné? Si Dieu, le séparant d'une odieuse race % En faveur de David voudra lui faire grâce? Hélas ! l'état horrible où le Ciel me l'offrit Revient à tout moment effrayer mon esprit. De princes égorgés la chambre était remplie : Un poignard à la main l'implacable Athalie Au carnage animait ses barbares soldats, Et poursuivait le cours de ses assassinats. Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue ; Je me figure eocor sa nourrice éperdue, Qui devant les bourreaux s'était jetée eu vain % Et, faible, le tenait renversé sur son seia «.

1 Jezraël, ville de la tribu de Juda.

3 Son nest pas clair. 11 s'agit d'Ochozias, fils de Joram et d' Athalie.

3 Le mot Dieu , répété quatre fois à la tète de (juatre distiques de suite, donne à cette phrase une singulière di;:nité. (L.)

4 « Vos descendants expieront peut-être dans la peine et dans la calamité le crime de votre ingratitude. >< '.Massillon.)

5 Ce morceau est un modèle de peinture touchante ; tous les traits en sont finis. Je ne remarquerai que cet hémistiche, s'était jetée en vain, où le vers semble tomber à chaque mot; il est impossible de mieux rendre l'efTort impuissant de la faiblesse. (L.)

" Quelques grammairiens ont aperçu une équivoque dans ces mots et faible. Ils ne savent si faible se rapporte à Joas ou à la nourrice , quoiqu'il suit évident par le sens même de la phrase que c'est a la nourrice: et faible, c'est-à-dire et qui étant faible. (G.)

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