‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 206 sur 260 · ACTE 11, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE

Le peuple s'épouvante, et fuit de toutes parts.

Mon père... ah ! quel courroux animait ses regards!

Moïse à Pharaon parut moins formidable :

« Reine, sors, a-t-il dit, de ce lieu redoutable,

« D'où te bannit ton sexe et ton impiété.

« Viens-tu du Dieu vivant braver la majesté? »

La reine alors, sur lui jetant un œil farouche,

Pour blasphémer sans doute ouvrait déjà la bouche :

J'ignore si de Dieu l'ange se dévoilant

Est venu lui montrer un glaive étincelant;

Mais sa langue en sa bouche à l'instant s'est glacée.

Et toute son audace a paru terrassée;

Ses yeux, comme effrayés, n'osaient se détourner :

Surtout Éliacin paraissait l'étonner '.

JOSABETH

Quoi donc ! Éliacin a paru devant elle ?

ZACIIARIE.

Nous regardions tous deux cette reine cruelle,

y entrer, 'i Devant le tenif.le , dans une grande cour, était l'autel des holocaustes... Cette cour était la place des sacrificateurs, particulerement l'espace entre l'autel et le vestibule; car les laïiiues pouvaient s'avancer jusqu'à l'autel quand ils ofTraient des sacrifices, pour présenter leurs victimes et les immoler. Sur les degrés du vestibule qui faisaient face au devant du temple , étaient les lévites qui chantaient et jouaient des instruments. La cour des prêtres était renfermée do galeries et environnée d'une première cour beaucoup plus grande, qui était la place ordinaire du peuple. Les femmes y étaient séparées des hommes. •< (Fleurv.)

1 C'est cet étonnenient, cet effroi si naturel dont elle doit être frappée à la vue de Joas, qui explique parfaitement pourquoi elle ne songe même pas à se venger de l'injure qu'elle vient de recevoir. Cette ressemblance si forte entre Joas et l'enfant qu'elle a vu en songe est un des ressorts les mieux conçus qu'on ait jamais employés, et il parait certain qu'elle a été suggérée par 1 histoire de Jaddus, racontée dans Josephe. Racine, dans cet ouvrage, a tiré tout des mêmes sources. (L.) Voici cette histoire de Jaddus, le s xième grai.il prêtre des Juifs depuis le retour de la captivité. Alexandre, irrité de ce ([uil avait o>é lui refuser les secours qu'il lui demandait, marcha conlre Jérusalem, dans l'intention de la détruire. Jaddus alla au-devant de lui , suivi des prêtres et des lévites. A cette vue, le prince, subitement changé, se prosterna à ses pieds pour adorer le nom de Dieu. Parménion, étonné, lui en demanda la raison. Le prince lui avoua que cet homme, revelu des mêmes ornements, lui avait apparu en songe, et lui avait promis la conquête de l'Asie. Du reste, il n'est fait mention de cette histoire ni dans la Bible ni dans aucun autre historien que Josèphe ; ce qui la rend au moins suspecte.

322 ATHÂLIE

Et d'une égale horreur nos cœurs étaient frappés : Mais les prêtres bientôt nous ont enveloppés; On nous a fait sortir. J'ignore tout le reste, Et venais vous conter ce désordre funeste.

JOSABETH

Ah ! de nos bras sans doute elle vient l'arracher; Et c'est lui qu'à l'autel sa fureur vient chercher. Peut-être en ce moment l'objet de tant de larmes., . Souviens-toi de David, Dieu, qui vois mes alarmes !

SALOMITH.

Quel est-il, cet objet des pleurs que vous versez?

ZACHARIE

Les jours d'Éliacin seraient-ils menacés?

SALOMITU.

Aurait-il de la reine attiré la colère ?

ZACHARIE

Que craint-on d'un enfant sans support et sans père?

JOSABETH

Ah ! la voici. Sortons : il la faut éviter.

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