‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 227 sur 260 · ACTE ni. SCÈNE III 3i · texte numérisé non relu

ACTE ni. SCÈNE III 3i

J'avais tantôt rempli d'amertume et de fiel Son cœur déjà saisi des menaces du Ciel; Elle-même, à mes soins confiant sa vengeance, M'avait dit d'assembler sa garde en diligence : Mais, soit que cet enfant devant elle amené , De ses parents, dit-on, rebut infortuné , Eût d'un songe effrayant diminué l'alarme. Soit qu'elle eût même en lui vu je ne sais quel charme, J'ai trouvé son courroux chancelant, incertain, Et déjà remettant sa vengeance à demain. Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire '. « Du sort de cet enfant je me suis fait instruire, « Ai-je dit; on commence à vanter ses aïeux : « Joad de temps en temps le montre aux factieux, « Le fait attendre aux Juifs comme un autre Moïse, « Et d'oracles menteurs s'appuie et s'autorise. » Ces mots ont fait monter la rougeur sur son front. Jamais mensonge heureux n'eut un effet si prompt -. (1 Est-ce à moi de languir dans cette incertitudti? « Sortons, a-t-elle dit, sortons d'inquiétude. « Vous-même à Josabeth prononcez cet arrêt, « Les feux vont s'allumer, et le fer est tout prêt; « Rien ne peut de leur temple empêcher le ravage, « Si je n'ai de leur foi cet enfant pour otage. »

NAEAL.

Eh bien, pour un enfant qu'ils ne connaissent pas ,

jour la perversité de Mathan (jue le poète le f^it parler iiinsi. Cette peinture du changement (|ui s'est fait dans Athniie rappelle la prière de Joad, qui demandait à Dieu de rép;indre sur cette reine \'e»prii d'imprudence ei d'erreuY. Cette prière n'était pas une vaine déclamation. Tout est moyen, tout est ressort dans la machine du drame, quand elle est construite par un véritable artiste. (L.) ' Ce vers rappelle un vers du premier acte de l'hedre, scène ui :

Comme on voit tous ses vœux run l'antre se détruire !

î Ce mensonge est une vérité, et Mathan a deviné sans le savoir. L'impression qu'il fait sur Athalie va remplacer la découverte du secret que le poëte devait cacher. (L.)

Que le hasard peut-être a jeté dans leurs bras, Voudront-ils que leur temple, enseveli sous l'herbe.

MATHAN

Ah ! de tous les mortels connais le plus superbe. Plutôt que dans mes mains par Joad soit livré ■ Un enfant qu'à son Dieu Joad a consacré. Tu lui verras subir la mort la plus terrible ' . D'ailleurs pour cet enfant leur attache est visible *. Si j'ai bien de la reine entendu le récit, Joad sur sa naissance en sait plus qu'il ne dit. Quel qu'il soit, je prévois qu'il leur sera funeste : Ils le refuseront. Je prends sur moi le reste ; Et j'espère qu'enfin de ce temple odieux Et la flamme et le fer vont délivrer mes yeux.

NABAL

Qui peut vous inspirer une haine si forte? Est-ce que de Baal le zèle vous transporte? Pour moi, vous le savez, descendu d'ismaël % Je ne sers ni Baal, ni le Dieu d'Israël.

MATIIAN.

Ami, peux-tu penser que d'un zèle frivole . Je me laisse aveugler pour une vaine idole , Pour un fragile bois, que malgré mon secours Les vers sur son autel consument tous les jours *?

1 Mathan fait . sans le vouloir, le plus bel éloge de Joad. Supprimez le mot superbe, et ce que dit Mathan peut être dit par Abner. Que d'art , et pourtant que de naturel'. Remarquons de plus dans ce vers une inversion pleine de hardiesse.

2 Attache pour attachement est une hardiesse d un autre genre que se permet-" talent quelques écrivains du xvii' siècle, et qu'il serait bon d'imiter.

3 hma'él , fils d'Abraham et d'Agar, qui fut chassé avec sa mère de la maison paternelle.

* Cela rappelle quelques vers de Polyeucte :

Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule

l)0Dt arme un bois pourri ce peuple trop crédule.

(Act. 11, se. VI.)

En bonne morale , rien n'e?t plus méprisable que l'hypocrisie d'un prêtre qui professe un culte auquel il ne croit pas. Mais l'orgueil et l'ambition qui dominent

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