ACTE III, SCÈNE III Mii
Né ministre du Dieu qu'en son temple on adore, Peut-être que Mathan le servirait encore. Si l'amour des grandeurs, la soif de commander, Avec son joug étroit pouvait s'accommoder ^ .
Qu'est-il besoin, Nabal, qu'à tes yeux je rappelle De Joad et de moi la fameuse querelle, Quand j'osai contre lui disputer l'encensoir; Mes brigues, mes combats, mes pleurs, mon désespoir? Vaincu par lui, j'entrai dans une autre carrière , Et mon âme à la cour s'attacha tout entière. J'approchai par degrés de l'oreille des rois ; Et bientôt en oracle on érigea ma voix. J'étudiai leur cœur, je flattai leurs capricgs , Je leur semai de fleurs le bord des précipices. Près de leurs passions rien ne me fut sacré; De mesure et de poids je changeais à leur gré. Autant que de Joad l'inflexible rudesse De leur superbe oreille offensait la mollesse, Autant je les charmais par ma dextérité. Dérobant à leurs yeux la triste vérité. Prêtant à leurs fureurs des couleurs favorables. Et prodigue surtout du sang des misérables.
Enfin, au dieu nouveau qu'elle avait introduit. Par les mains d'Athalie un temple fut construit. Jérusalem pleura de se voir profanée;
Muthan lui font voir les choses bien difieremment. Il se croirait olfensé, au contraire, si son ami le jugeait capable d'une crédulité imbécile. Il met son amourpropre à lui paraître ce qu'il est, c'est-à-dire un homme uniciuement occupé de son élévation, et fort au-dessus des préjugés de son sacerdoce. G est son intéri-t qui l'a fait apostat: c'est s.n intérêt ((ui la fait pontife de BaaI. Ce caractère, l'opposé de celui de Joad , est très-bien adapté au plan de I auteur. Il convenait que Joad fût rempli de la crainte de Dieu, et que Mathan méprisât le sien. C est mettre d'un coté la vérité, et de lautre le mensonge; et c'est par conséquent un moyen de plus de décider les adéctions du spectateur. (L.)
> Quel éloge de la loi du vrai Dieu dans la bouche d'un prêtre des idoles! et cet aveu n'a rien que de vraisemblable. Il est très-naturel qu'un homme aveugle par les passions ne veuille pas d un Dieu qui les condamne. Ce sont les passions qui ont toujours fait les impies. (L.)
3o2 ATHALIE
Des enfants de Lévi la troupe consternée En poussa vers le ciel des hurlements affreux ', Moi seul, donnant l'exemple aux timides Hébreux, Déserteur de leur loi, j'approuvai l'entreprise, Et par là de Baal méritai la prêtrise; Par là je me rendis terrible à mon rival , Je ceignis la tiare et marchai son égal *. Toutefois, je l'avoue, en ce comble de gloire % Du Dieu que j'ai quitté l'importune mémoire Jette encore en mon âme un reste de terreur; Et c'est ce qui redouble et nourrit ma fureur. Heureux si, sur son temple achevant ma vengeance, Je puis convaincre enfln sa haine d'impuissance, Et parmi les débris, le ravage et les morts, A force d'attentats perdre tous mes remords * ! Mais voici Josabeth.
1 Ce mot hurlement est du style de l'Écriture sainte. Les prophètes , pour dire gémissez, disent souvent ulidaie, et les historiens profanes expriment par le même mot le deuil des Orientaux : l.uguhris damor. harharo uluiilu. (Quinte-Ciirce, liv. UI.)(L.R.)
Virgile :
Femineo ululatu.
2 belle expression imitée de Virgile :
Ast ego qiiae dirum innedo regina {jEn., lib. I, v. 46.)
9 Ce vers , qui indique si clairement dans quel sens Mathan a parlé, est la meilleure réponse à ceux qui lui ont reproché de s'avilir devant Nabal. (L.)
^ On a blâmé cette scène de Mathan avec Nabal , comme peu nécessaire. Il est certain cependant que cet entretien est nécessaire pour bien développer le caractère et le système de Mathan, qui est l'àme d'Athalie, et qui influe tant sur l'action. Bien loin de retarder la marche de la pièce , ce développement motive , prépare les événements ; il nous apprend que Joad s'obstinera dans ses refus, que la reine emploiera toutes ses forces pour vaincre cette résistance. Ainsi , loin de nuire à la marche de la pièce , il la favorise et même l'accélère, en augmentant le trouble, en remplissant d'avance les esprits d'inquiétude et de terreur. A tous ces avantages joignez celui de l'éloquence et de la poésie du style, toujours si précieux, et qui même supplée quelquefois à tous les autres. (G.)
ACTK III, S(,ÈNR IV 333