‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 229 sur 260 · SCÈNE IV JOSABETH, MATHAN, NABAL · texte numérisé non relu

SCÈNE IV JOSABETH, MATHAN, NABAL

MATHAN

Envoyé par la reine Pour rétablir le calme et dissiper la haine, Princesse, en qui le Ciel mit un esprit si doux ', Ne vous étonnez pas si je m'adresse à vous. Un bruit que j'ai pourtant soupçonné de mensonge, Appuyant les avis qu'elle a reçus en songe, Sur Joad, accusé de daugereux complots, Allait de sa colère attirer tous les flots. Je ne veux point ici vous vanter mes services : De Joad contre moi je sais les injustices ; Mais il faut à l'offense opposer les bienfaits. Enfin je viens chargé de paroles de paix*. Vivez, solennisez vos fêtes sans ombrage '. De votre obéissance elle ne veut qu'un gage : C'est (pour l'en détourner j'ai fait ce que j'ai pu) Cet enfant sans parents, qu'elle dit qu'elle a vu.

JOSADETH.

Éliacin?

-MATHAN

J'en ai pour elle quelque honte :

D'un vain sopge peut-être elle fait trop de compte. Mais vous vous déclarez ses mortels ennemis, Si cet enfant sur l'heure en mes mains n'est remis. La reine impatiente attend votre réponse.

' On reconnaît encore dan^ ces vers le ton doucereux et perfide de l'hypocrite Malhan ;G.)

i Ceci rappelle les paroles du psaume xxvii, v. V : « Qui locjuunlur pacem cum proximo suo, mala autem in cordibus eorum. "

9 Ombrage sisaiifie fréquemment défiance , soupçnu ; il est pris ici pour crainte, ce qui est une acception nouvelle. A. M.

33i ATHALIE

J03ABETII.

Et voilà de sa part la paix qu'on nous annonce !

MATHAN

Pourriez-vous un moment douter de l'accepter '? D'un peu de complaisance est-ce trop l'acheter?

JOSABETH

J'admirais si Mathan, dépouillant l'artifice % Avait pu de son cœur surmonter l'injustice, Et si de tant de maux le funeste inventeur ^ De quelque ombre de bien pouvait être l'auteur.

MAT H AN

De quoi vous plaignez-vous? Vient-on avec furie Arracher de vos bras votre fils Zacharie ? Quel est cet autre enfant si cher à voire amour? Ce grand attachement me surprend à mon tour. Est-ce un trésor pour vous si précieux, si rare? Est-ce un libérateur que le Ciel vous prépare? Songez-y, vos refus pourraient me confirmer Un bruit sourd que déjà l'on commence à semer.

.lOSABETH.

Quel bruit?

MATHAN

Que cet enfant vient d'illustre origine; Qu'à quelque grand projet votre époux le destine.

JOSABETH

Et iMathan, par ce'bruit, qui flatte sa fureur...

MATHAN

Princesse, c'est à vous à me tirer d'erreur. Je sais que, du mensonge implacable ennemie,

1 Douter est pris ici dans le sens A'hésUer, dubitare.

2 J'admirais, c'est-à-dire ;'« m'étonnais . je me demandnis avec étonnemenl. C'est le sens latin :

Mirabar qiiid niœsta Jeos, Ainarylli, vocares. (Virg. ItucoL, 1.)

3 L'inveuttiir de tant de maux, est très-hardi : c'est ]e scelerum inventer Ulysses de Virgile.

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