‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 234 sur 260 · U.NE DES FILLES DU CUŒUR · texte numérisé non relu

U.NE DES FILLES DU CUŒUR

Hé ! pourrions-nous, seigneur, nous séparer de vous? Dans le temple de Dieu sommes-nous étrangères? Vous avez près de vous nos pères et nos frères.

UNE AUTRE

Hélas î si, pour venger l'opprobre d'Israël,

Nos mains ne peuvent pas, comme autrefois Jahel -,

I Plus cette terreur est géiiérdle . plus celle de la tragédie s'accroît ici. Tout a fui; il ne reste plus pour Joas que Dieu et ses prêtres. C'est ce qu'il faut, c'est I essence du sujet , autrement il n'y en avait pas. X.)

s " Sisara, général dps Chananéens. avant été défait par Barac, chef des Juifs.

360 ATHALlt;

Des ennemis de Dieu percer la tète impie, Nous lui pouvons du moins immoler notre vie. Quand vos bras combattront pour son temple attaqué, Par nos larmes du moins il peut être invoqué.

JOAD

Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle,

Des prêtres, des enfants, ô Sagesse éternelle !

Mais, si tu les soutiens, qui peut les ébranler ' ?

Du tombeau, quand tu veux, tu sais nous rappeler :

Tu frappes et guéris, tu perds et ressuscites-.

Ils ne s'assurent point en leurs propres mérites.

Mais en ton nom sur eux invoqué tant de fois,

En tes serments jurés au plus saint de leurs ro:s%

En ce temple où tu fais ta demeure sacrée.

Et qui doit du soleil égaler la durée.

Mais d'où vient que mon cœur frémit d'un saint cilroi ?

Est-ce l'Esprit divin qui s'empare de moi ?

C'est lui-même : il m'échauffe ; il parle; mes yeux s'ouvrent,

Et les siècles obscurs devant moi se découvrent.

Lévites, de vos sons prêtez-moi les accords,

Et de ses mouvements secondez les transports.

LE CHOEUR chante au son de toute la symphonie des iiitiuments.

Que du Seigneur la voix se fasse entendre . Et qu'à nos cœurs son oracle divin Soit ce qu'à Therbe tendre

se retira dans la tente de Jahel , femme d'Haber; celle-ci, pendant son sommeil, le fit périr en lui enfonçant un clou dans la tète. {Juges . ch. iv.)

1 Voilà tout le fond de la pièce, le faible armé de la confiance en Dieu et luttant contre le fort. Ce genre de sublime s'élève au dessus de celui des plus grands écrivains profanes: c'est le plus simple et le plus vrai de tous, et il semble que Dieu seul pouvait l'inspirer aux hommes. (G.)

2 « Tu frappes, et tu guéris; tu conduis aux fers, et tu en ramènes, i ( Tvhie. ch. XIII, V. 2.)

3 Jurer un serment, un serment jure' . sont absolument contraires à l'usage de la prose ; mais en poésie, ce sont des expressions hardies , énergiques. Ces sortes de redoublements de mots ne sont étrangers à aucune langue. Les Grecs et les Latins en olirent de nombreux exemples. (L.l

ACPK m, SCENE VII 361

Est, au printemps la fraîcheur du matin '.

JOAD

Cieux, écoutez ma voix ; terre, prête l'oreille -. Ne dis plus, ô Jacob, que ton Seigneur sommeille. Pécheurs, disparaissez; le Seigneur se réveille ^

Ici recommence la symphonie , et Joad aussitôt reprend la parole

Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé ^ ?... Quel est dans le lieu saint ce pontife égorgé ■^?... Pleure, Jérusalem, pleure, cité perfide, Des prophètes divins malheureuse homicide '' : De son amour pour toi ton Dieu s'est dépouillé; Ton encens à ses yeux est un encens souillé "...

Où menez-vous ces entants et ces femmes ^ ? Le Seigneur a détruit la reine des cités ^ : Ses prêtres sont captifs, ses rois sont rejetés. Dieu ne veut plus qu'on vienne à ses solennités *°. Temple, renverse -toi; cèdres, jetez des flimmes.

Jérusalem, objet de ma douleur, Quelle main en un jour t'a ravi tous tes charmes ?

1 " Que mes paroles se répandent comme la rosée et comme les gouttes de leau du ciel qui tombent sur l'herbe. « (Deut&., ch, xxxii , v. 2.)

î (I Audite, cœli, qua' loquor; audiat terra verba oris mei. » {heuiéronome , ch. xxxii, V. I.)

3 Racine a cru pouvoir s aliranchir ici de la régie, en mettant trois rimes féminines de suite. Huit vers plus bas, on trouve encore trois rimes masculines: peut-être a-til cru ce système plus propre à peindre le désordre des idées dans un moment d inspiration. (A. M.)

* Joas. ( Mote de Racine.) — « Comment l'or s'est-il obscurci? comment a-t-il changé sa couleur, qui était si belle? » (Jérémie, Lameniaiions , ch. iv, v. I.)

5 Zacharie. ( .Vo(e de Racine. ) — Joas le lit lapider dans le vestibule du temple.

6 « Jérusalem! Jérusalem', qui tues les prophètes! ' (S. Matthieu, ch. xxiii, v. 37.)

■" Dieu lui-même dit dans Isaïe, ch. i, v. 13 : « L'encens m'est en abomination.»

* Captivité de Bab\ lone. ( Sote de Racine.]

9 " La maîtresse des nations est devenue comme veuve , la reine des [provinces a été assujettie au tribut. » {Jérémie, ch. i, v. I.)

>o «Je hais vos solennités des premiers jours des mois et toutes les autres ; elles me sont devenues à charge: je suis las de les souffrir. •> {haie, ch. ii . v. IV.)

Qui changera mes yeux en deux sources de larmes' Pour pleurer ton malheur ?

AZARIAS

0 saint temple !

JOSABLTH.

0 David !

LE CHOEUR

Dieu de Sion, rappelle, Rappelle en sa faveur tes antiques bontés.

La symphonie recommencf encore, et Joaii un moment après l'interrompt. .TOAD.

Quelle Jérusalem nouvelle* Sort du fond du désert brillante de clarté, Et porte sur le front une marque immortelle?

Peuples de la terre, chantez.

Jérusalem renaît plus brillante et plus belle :

D'où lui viennent de tous côtés Ces enfants qu'en son sein elle n'a point portés ^? Lève, Jérusalem, lève ta tête altière; Regarde tous ces rois de ta gloire étonnés; Les rois des nations, devant toi prosternés,

De tes pieds baisent la poussière; Les peuples à l'envi marchent à ta lumière. Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur

Sentira son âme embrasée !

Gieux , répandez votre rosée, Et que la terre enfante son Sauveur ' !

1 I. Qui donnera de I eau à ma tète, et à mes yeux une fontaine de larmes? " [Jérémie . ch. ix, v. I.)

2 L'Église. ( Soie de Racine. — » Qai est celle-ci qui s'élève du désert comme une fumée qui monte des parfums de myrrhe , d'encens et de toutes sortes de poudres de senteur? » (Cantique des cani., ch. m. v. 6.)

3 Les Gentils. (.Vo/e de Racine.)

i " Gieux , envoyez d'en haut votre rosée, et que les nuées fassent descendre le Juste comme une pluie ; que la terre s'ouvre et qu'elle germe le Sauveur. " ' haie . ch, XI, V, v. 8.) — Cette prophétie, composée de passages de l'Écriture

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