ACTE IV, SCÈNE III
Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois ', Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même; Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême; Qu'aux larmes, au travail, le peuple est condamné , Et d'un sceplre de fer veut être gouverné ; Que, s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime. Ainsi de piège en piège , et d'abime en abîme , Corrompant de vos mœurs l'aimable pureté, Ils vous feront enfin haïr la vérité.
Vous peindront la vertu sous une affreuse image. Hélas ! ils ont des rois égaré le plus sage *. Promettez sur ce livre, et devant ces témoins. Que Dieu fera toujours le premier de vos soins ; Que, sévère aux méchants et des bons le refuge. Entre le pauvre et vous vous prendrez Dieu pour juge ; Vous souvenant, mon flls, que, caché sous ce lin ', Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin ^
JOAS, nu milieu Je la table, ayant la main sur le livre faint.
Je promets d'observer ce que la Loi m'ordonne, Mon Dieu, punissez-moi si je vous abandonne •"' !
' Massillon, s' adressant à Louis XV, lui dit comme Joad à Joas : » Les flatteurs. Sire, rediront sans cesse que vous êtes le maître, et que vous n'êtes comptable à personne de vos actions. ■. Et ailleurs : « Si le souverain , oubliant qu'il est le protecteur de sa tranquillité publique, préfère sa propre gloire à l'amour et au salut de ses peuples... grand Dieu! quel fléau pour la terre! » {Peiii Carême.)
* Salomon.
' Fénelon semble s'être rappelé ces deux vers, lorsque, dans le livre H do Te'lémaque, il dit: « Quand tu seras le maitre des autres hommes, souviens-toi que tu as été faible, pauvre et souffrant comme eux. ■•
* C'est ici une figure de .crammairc qu'on appelle syllepse, par laquelle l'accord se fait avec le sens plutôt qu'avec les mots.
s Le charme du style et l'intérêt de la scène ne sauraient aller plus loin. C'est partout un genre d'émotion qui était inconnu au théâtre , et qu'on n'y a pas retrouvé depuis. 'G.)
A-t-on présenté aux hommes rassemblés un spectacle plus auguste , plus instructif et plus touchant ? Joad est sublime, et il n'est pas au-dessus d'un enfant I • -'est à un enfant qu'il parle , et il instruit tous les rois '. Ce prodige n'a été réservé
JOAD
Venez; de l'huile sainte il faut vous consacrer. Paraissez, Josabeth ; vous pouvez vous montrer.