ACTE IV, SCÈNE III
Couronnons , proclamons Joas en diligence : De là, du nouveau prince intrépides soldats, Marchons, en invoquant l'arbitre des combats; Et, réveillant la foi dans les cœurs endormie, Jusque dans son palais cherchons notre ennemie.
Et quels cœurs si plongés dans un lâche sommeil. Nous voyant avancer d^ns ce saint appareil. Ne s'empresseront pas à suivre notre exeniple ? Un roi que Dieu lui même a nourri dans son temple. Le successeur d'Aaron, de ses prêtres suivi. Conduisant au combat les enfants de Lévi; Et, dans ces mêmes mains des peuples révérées. Les armes au Seigneur par David consacrées ! Dieu sur ses ennemis répandra sa terreur. Dans l'infidèle sang baignez-vous sans horreur : Frappez et Tyriens et même Israélites '. Ne descendez-vous pas de ces fameux lévites Qui , lorstju'au dieu du Nil le volage Israël Rendit dans le désert un culte criminel, De leurs plus chers parents saintement homicides, Consacrèrent leurs mains dans le sang des perfides -, Et par ce noble exploit vous acquirent l'honneur D'être seuls employés aux autels du Seigneur?
1 Ce vers , mal interprété , a fourni des armes aux ennemis de la religion ; ils ont dit que Joad parlait en fanatique sanguinaire, qui excite ses prêtres au massacre des Israélites; ils n'ont pas vu que Joad parle ici en héros prêt à verser son sang pour son Dieu et pour son roi , et que les Israélites qu il veut ([ue l'on frappe ne sont plus des Israélites, mais des infidèles , des traîtres et des rebelles, des ennemis de leur roi et de leur Dieu. Nulle part le pontife ne dé|iloie un enthousiasme aussi belliqueux : car il ne veut pas attendre son ennemie dans le temple; il veut l'aller chercher dans son palais. Les historiens latins sont remplis de belles harangues de généraux à leur armée; aucune n'est plus vive, plus éloquente que ce discours de Joad. (G.) * « Et les enfants de Lévi s'étant tous assemblés autour de lui , il leur dit : Voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël : Que chaque homme mette son épéc '< à son côté... et que chacun tue son frère, son ami et celui qui lui est proche. " Les enfants de Lévi firent ce que Moïse leur avait ordonné. •> [Exode, c\\. xxxii. V. -2»). 27 et SS.)
37 i ATHALIE
Mais je vois que déjà vous brûlez de me suivre. Jurez donc avant lout sur cet auguste livre ', A ce roi que le Ciel vous redonne aujourd'hui. De vivre, de combattre, et de mourir pour lui.
AZA.RIAS, ;iu bout de li table, a\iint la main sur le livre suint.
Oui, nous jurons ici pour nous , pour tous nos frères, De rétablir .loas au trône de ses pères. De ne poser le fer entre nos mains remis, Qu'après l'avoir vengé de tous ses ennemis. Si quelque transgresseur enfreint cette promesse, Qu'il éprouve, grand Dieu, ta fureur vengeresse; Qu'avec lui ses enfants, de ton partage exclus, Soient au rang de ces morts que tu ne connais plus -.
JOAD
Et vous, à cette loi, votre règle éternelle, Roi, ne jurez-vous pas d'être toujours fidèle?
JOAS
Pourrais-je à cette loi ne me pas conformer?
JOAD
0 mon fils ! de ce nom j'ose encor vous nommer % Souffrez cette tendresse, et pardonnez aux larmes Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes; Loin du trône nourri, de ce fatal honneur. Hélas ! vous ignorez le charme empoisonneur; De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse.
1 II Ensuite ils amenèrent le fils du roi et lui mirent la couronne sur la tète; ils le revêtirent des ornements de sa dignité, lui mirent dans la main le livre de l.i loi et le déclarèrent roi. Le grand prêtre Joïada l'oignit et le sacra. » (// l'aral., ch. xxni, V. II.)
* Il Comme ceux (|ui, ayant été blessés à mort, dorment dans les sépulcres , dont vous ne vous souvenez plus. » ( Ps. lxxxvii , v. 6.)
s On peut rapprocher de ce passage les vœux que fait Massillon pour le jeune Louis XV, à la tin de son sermon pour le premier dimanche de Carême, {l'eiii Carême )