‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 245 sur 260 · UN LÉVITE · texte numérisé non relu

UN LÉVITE

J'ignore contre Dieu quel projet on médite ',

Mais l'airain menaçant frémit de toutes parts j

On voit luire des feux parmi des étendards^

Et sans doute Alhalie assemble son armée :

Déjà même au secours toute voie est fermée;

Déjà le sacré mont où le temple est bâti ,

D'insolents Tyriens est partout investi;

L'un d'eux, en blasphémant, vient de nous faire enlen ire

Qu'Abner est dans les fers, et ne peut nous défendre.

JOSABETH, à Joas.

Cher enfant, que le Ciel en vain m'avait rendu. Hélas ! pour vous sauver j'ai fait ce que j'ai pu : Dieu ne se souvient plus de David votre père.

JOAD, à Josabeth.

Quoi ! VOUS ne craignez pas d'attirer sa colère Sur vous et sur ce roi si cher à votre amour? Et quand Dieu , de vos bras l'arrachant sans retour, Voudrait que de David la maison fût éteinte.

1 A peine Joas est-il couronné, à peine le spectateur a-t-il eu le temps de se livrer à des impressions si douces, que le poète vient jeter la terreur tout au travers de cette pompe et de cette allésrresse. Celte marche e^t parfaite. (G.;

N'êtes-vous pas ici sur la montagne sainte ' Où le père des Juifs - sur son fils innocent Leva sans murmurer son bras obéissant, Et mit sur un bûcher ce fruit de sa vieillesse, Laissant à Dieu le soin d'accomplir sa promesse, Et lui sacrifiant, avec ce fils aimé, Tout l'espoir de sa race en lui seul renfermé ?

Amis, partageons-nous : quTsmaël en sa garJe * Prenne tout le côté que l'orient regarde; Vous, le côté de l'Ourse; et vous, de l'occident; Vous, le midi. Qu'aucun, par un zèle imprudent, Découvrant mes desseins, soit prêtre, soit lévite. Ne sorte avant le temps et ne se précipite ; Et que chacun enfin, d'un même esprit poussé, Garde en mourant le poste où je l'aurai placé. L'ennemi nous regarde, en son aveugle rage. Gomme de vils troupeaux réservés au carnage, Et croit ne rencontrer que désordre et qu'effroi. Qu'Azarias partout accompagne le roi.

(A Joas.)

Venez, cher rejeton d'une vaillante race, Remplir vos défenseurs d'une nouvelle audace; Venez du diadème à leurs yeux vous couvrir, Et périssez du moins en roi , s'il faut périr.

(A un lévite.)

Suivez-le, Josabeth. Vous, donnez-moi ces armes.

( Au chœur.)

Enfants, offrez à Dieu vos innocentes larmes.

1 Voltaire semble s'être souvenu de ce mouvement dans le discours de Lusignan à sa fille. [Zaïre , acte H , se. viii ) .

2 Abraham. (iVo(e de Racine.)

3 (( La troisième partie de vous tous, prêtres, lévites et portiers, qui venez pour faire votre semaine dans le temple, gardera les portes; l'autre troisième l^artie se placera vers le palais du roi ; et la troisième, à la porte que l'on nomme du Fondement; le reste du peuple se tiendra dans le parvis de la maison du Seigneur. » (// f'aralip.. rh. xxill. v. lî.)

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