‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 246 sur 260 · SCÈNE VI SALOMITH, LE CHOEUn · texte numérisé non relu

SCÈNE VI SALOMITH, LE CHOEUn

LE CUŒUR cliaiile.

Partez, enfants d'Aaron, partez :

Jamais plus illustre querelle Ce vos aïeux n'arma le zèle.

Parlez, enfants. d'Aaron, partez :

C'est votre roi, c'est Dieu pour qui vous couibaltiz.

UNE VOIX, seule.

Où sont les traits que tu lances .

Cirand Dieu, dans ton juste courroux?

N'es-tu plus le Dieu jaloux?

N'es-tu pins le Dieu des vengeances ' ?

UNE ATTRE.

Où sont, Dieu de Jacob, tes antiques bontés?

Dans l'horreur qui nous environne , N'entends-tu que la voix de nos iniquités?

N'es- tu plus le Dieu qui pardonne?

LE CHŒUR

Où sont, Dieu de Jacob, tes antiques boutés?

UXE VOIX, seule.

C'est à toi que dans cette guerre Les flèches des méchants prétendent s'adresser. Faisons, disent-ils, cesser

Les fêtes de Dieu sur la terre *; De son joug importun délivrons les mortels!

1 E£;o sum Dominus tuus, fortis, zelotes. (Etude, rh. xxv, v. 3.) — Doniinus zclotes nomen ejus, Dcus est aemulator. [Ibid., ch. xxxiv, v. IV l — Deus ultioiium Dominus. ( Ps. xciir , v. I .)

- Ouiesrere fariamus nmnes dies festos De' a terrn. (/'.s. lxxii. v. 8.)

Massacrons tous ses saints; renversons ses autels;

Que de son nom , que de sa gloire

Tl ne reste plus de mémoire ' ; Que ni lui, ni son Christ ne régnent plus sur nous.

LE CHOEUR

Où sont les traits que tu lances, Grand Dieu , dans ton juste courroux?

N'es-tu plus le Dieu jaloux?

N'es-tu plus le Dieu des vengeances?

UNE VOIX, seule.

Triste reste de nos rois.

Chère et dernière fleur d'une tige si belle, Hélas ! sous le couteau d'une mère cruelle Te verrons-nous tomber une seconde fois ! Prince aimable, dis-nous si quelque ange, au beiceau Contre tes assassins prit soin de te défendre ,

Ou si dans la nuit du tombeau La voix du Dieu vivant a ranimé ta cendre?

UNE AUTRE

D'un père et d'un aïeul contre toi révoltés, Grand Dieu, les attentats lui sont-ils imputés? Est-ce que sans retour ta pitié l'abandonne?

LE CHOEUR

Où sont, Dieu de Jacob, tes antiques bontés? N'es-tu plus le Dieu qui pardonne?

UNE DES FILLES DU CHŒUR, sans chanter.

Chères sœurs, n'entendez-vous pas Des cruels Tyriens la trompette qui sonne?

SALOMITH.

J'entends même les cris des barbares soldats. Et d'horreur j'en frissonne.

1 Disperdamus eos de gente, et non memoretur nomen Israël ullra. [l'i LXXXIl, V. i- )

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