‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 42 sur 260 · SCÈNE VII JUNIE, BRITANNICUS · texte numérisé non relu

SCÈNE VII JUNIE, BRITANNICUS

JUNIE

Retirez-vous, seigneur, et fuyez un courroux Que ma persévérance allume contre vous.

Néron est irrité. Je me suis échappée, Tandis qu'à l'arrêter sa mère est occupée. Adieu; réservez-vous, sans blesser mon amour, Au plaisir de me voir justifier un jour. Voire image sans cesse est présente à mon âme, Rien ne peut l'en bannir.

BRITANNICUS

Je vous entends. Madame*; Vous voulez que ma fuite assure vos désirs, ()\ie je laisse un champ libre à vos nouveaux soupirs.

i Voilà le texte que Racine lui-même commenta depuis avec tant d'éloquence dans la scène d'Aricie avec sa confidente, au second acte de Phèdre. (G.)

* Britannicus , même en croyant un moment aux apparences de l'infidélité, n'éclate pas contre Junie. Sa douleur est douce et tendre, et s'exprime par des plaintes plutôt que par des reproches. Cette modération et cette réserve sont une des nuances de son caractère, comme celui de Junie, et font partie de l'intérêt et de la dignité que comportaient ces deux rôles. (L.)

90 BRITANNICUS

Sans doute, en me voyant, une pudeur secrète Ne vous laisse goûter qu'une joie inquiète. Eh bien, il faut partir !

JCNIE.

Seigneur, sans ra'imputer...

BRITANNICUS

Ah ! vous deviez du moins plus longtemps disputer.

Je ne murmure point qu'une amitié commune

Se range du parti que flatte la fortune;

Que l'éclat d'un empire ait pu vous éblouir;

Qu'aux dépens de ma sœur vous en vouliez jouir :

Mais que , de ces grandeurs comme une autre occupée ,

Vous m'en ayez paru si longtemps détrompée;

Non, je l'avoue encor, mon cœur désespéré

Contre ce seul malheur n'était point préparé.

J'ai vu sur ma ruine élever l'injustice ;

De mes persécuteurs j'ai vu le ciel complice ;

Tant d'horreurs n'avaient point épuisé son courroux,

Madame : il me restait d'être oublié de vous.

JUNIE

Dans un temps plus heureux, ma juste impatience Vous ferait repentir de votre défiance : Mais Néron vous menace ; en ce pressant danger, Seigneur, j'ai d'autres soins que de vous affliger. Allez, rassurez-vous, et cessez de vous plaindre; Néron nous écoutait, et m'ordonnait de feindre.

Quoi ! le cruel...

JUNIE

Témoin de tout notre entretien , D'un visage sévère examinait le mien, Prêt à faire sur vous éclater la vengeance D'un geste confident de notre intelligence.

BRITANNICUS

Néron nous écoutait, Madame ! Mais, hélas !

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