‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 43 sur 260 · ACTE m, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE Vil

Vos yeux auraient pu feindre et ne m'abuser pas; Ils pouvaient me nommer l'auteur de cet outrage. L'amour est-il muet, ou n'a-t-il qu'un langage? De quel trouble un regard pouvait me préserver ! Il fallait...

JUNIE

11 fallait me taire et vous sauver.

Combien de fois, hélas ! puisqu'il faut vous le dire, Mou cœur de son désordre allait-il vous instruire 1 De combien de soupirs interrompant le cours, Ai-je évité vos yeux, que je cherchais toujours 1 Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime, De l'entendre gémir, de raffliger soi-même. Lorsque par un regard on peut le consoler ! Mais quels pleurs ce regard aurait-il fait couler ! Ah ! dans ce souvenir, inquiète, troublée, Je ne me sentais pas assez dissimulée.

De mou front effrayé je craignais la pâleur; Je trouvais mes regards trop pleins de ma douleur : Sans cesse il me semblait 'que Néron en colère Me venait reprocher trop de soin de vous plaire : Je craignais mon amour vainement renfermé; Enfin j'aurais voulu n'avoir jamais aimé '. Hélas ! pour son bonheur, seigneur, et pour le nôtre, U n'est que trop instruit de mon cœur et du vôtre - ! Allez, encore un coup, cachez -vous à ses yeux; Mon cœur plus à loisir vous éclaircira mieux. De mille autres secrets j'aurais compte à vous rendre.

BRITA.NNICUS.

Ah ! n'en voilà que trop : c'est trop me faire entendre, Madame, mon bonheur, mon crime, vos bontés.

> Que de grâce , que de richesse poétique, et quelle douceur de sentiment dans ce morceau de Junie 1 (G.)

s Instruit de mon cœur, pour inttruit del'e'lal de mon cœur, est une ellipse trèsheureuse et tres-poétique. (G.)

92 BRITANMCUS

Et savez- VOUS pour moi tout ce que vous quittez?

( Se jetant aux pieds de Junie.)

Quand pourrai-je à vos pieds expier ce reproche?

JUNIE

Que faites-vous ? Hélas ! votre rival s'approche !

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