SCÈNE IX NÉRON, BURRHUS
BURRIIUS.
Que vois-je ! ô ciel !
NÉRON, sans voir Burrhus.
Ainsi leurs feux sont redoublés :
Je reconnais la main qui les a rassemblés. Agrippine ne s'est présentée à ma vue , Ne s'est dans ses discours si longtemps étendue. Que pour faire jouer ce ressort odieux.
( Apercevant Burrhus.)
Qu'on sache si ma mère est encore en ces lieux. Burrhus , dans ce palais je veux qu'on la retienne , Et qu'au lieu de sa garde on lui donne la mienne.
BURRHUS
Quoi, seigneur ! sans l'ouïr? une mère? .
NÉRON
Arrêtez :
J'ignore quel projet , Burrhus , vous méditez ' ;
1 Néron ne pouvait souffrir aucun obstacle à ses volontés, et il était dangereux de désapprouver sa conduite : « Ut faciendis sceleribus promptus , ita audieiidi quae faceret insolens erat. « (Tac. Ann. XV, lxvii.) Cependant, un jour qu'il était irrité contre sa mère, Burrhus osa lui représenter qu'il fallait donner à tout le
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Mais depuis quelques jours tout ce que je désire Trouve en vous un censeur prêt à me contredire. Répondez-m'en, vous dis-je ; ou, sur votre refus, D'autres me répondront et d'elle et de Burrhus i.
monde le temps de se défendre, et surtout à une mère : « Sed cuicumque, nedum parenti, defensionem tribuendam. » (Tac. Ann. XIII, xx.) C'est la remontrance qu'il fait ici :
Quoi , seigneur, sans l'ouïr? une mère?
(L. Racine.)
1 La progression est ici également marquée et dans l'intrigue et dans le caractère du tyran. Son frère est arrêté parce qu'il est aimé de Junie; sa mère est arrêtée en même temps, parce qu'elle favorise leurs amours; et son gouverneur est menacé des fers, parce qu'il dit un mot en leur faveur. L'intrigue se noue comme il doit arriver dans un troisième acte, et Néron et la pièce marchent du même pas. (L.)