‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 50 sur 260 · SCÈNE III NÉRON, BURRHl S · texte numérisé non relu

SCÈNE III NÉRON, BURRHl S

nURRHUS.

Que cette paix, seigneur, et ces embrassements Vont offrir à mes yeux de spectacles charmant^ ! Vous savez si jamais ma voix lui fut contraire. Si de son amitié j'ai voulu vous distraire, Et si j'ai mérité cet injuste courroux.

I Iturrlius ne manque do respect ni ù elle ni a Néron. Il est resté dehors pendant leur entretien, il entend que l'entretien tinit , parce que Néron, toujours assis, s est levé brusriuement en pronon(,ant a haute voix :

Eh biendoDc, prononcez Que vonlez-vo'Js qu'on fasse? Hurrhus entre pour recevoir les ordres de Néron; et comme il est entré sans avoir été appelé, Agrippine l'accuse d'être venu le» écouler; ce qui donne lieu à la magnifique scène qui va suivre, et à laifuelle on ne devait pas s'attendre, Néron ayant menacé Rurrhus de le faire arrêter : mais Néron vient d'être convaincu qu' .Agrippine est son ennemie. Sans ce mot d'Agrippine, Néron n'eut pas confie sou secret à Burrhus, qu'il regardait comme un censeur prêt n le loniredire. Aussi va t-il lui dire :

.Mais son inimitié vous r^nd nu lOnfianc-'.

OupI art d'amerer les scènes' iL. Racine

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NÉRON

.le ne vous flatte point, je me plaignais de vous , Burrhus; je vous ai cru tous deux d'intelligence : Mais son inimitié vous rend ma confiance. Elle se hâte trop, Burrhus, de triompher : J'embrasse mon rival , mais c'est pour l'étouffer.

BURRHUS

Quoi, seigneur!

NÉRON

C'en est trop ; il faut que sa rume Me délivre à jamais des fureurs d'Agrippine ' : Tant qu'elle respirera , je ne vis qu'à demi. Elle m'a fatigue de ce nom ennemi; Et je ne prétends pas que sa coupable audace Une seconde fois lui promette ma place.

RURKHUS.

Elle va donc bientôt pleurer Britannicus?

NÉRON

Avant la fin du jour je ne le craindrai plus.

BURRHUS

r.t qui de ce dessein vous inspire l'envie - ?

NÉRON

Ma gloire, mon amour, ma sûreté, ma vip '.

BURRHUS

Non, quoi que vous disiez, cet horrible dessein Ne fut jamais, seigneur, conçu dans votre sein.

NÉRON

Burrhus !

1 Urgentibusque Agrippinae rninis... |)arari venenum jiibef îNero). (Tac .lri»i. Xni, XV.) - On ne |ieii( dire l'envie d'un dessein. Le ternie est absolument impropre. (L.' •* Comment Néron peut-il contier le projet d'an as>assinat à un homme qu il croit vertueux? Encore peu habitué au crime, il semble qu'il ne devrait se dévoiler qua des complices, tandis (piil en imposerait par son hypocrisie à ceux dont le caractère pourrait le faire rougir. Qu'on oublie cette première invraisemblance, et cette scène est sublime. (A. Martin. i

ACTK IV. SCKNK m . lOTW

BURRHIS.

De votre bouche, ô Ciel ! puis-je l'apprendre? Vous-même sans frémir avez-vous pu l'entendre? Songez-vous dans quel sang vous allez vous baigner? Néron dans tous les cœurs est-il las de régner? Que dira-t-on de vous? quelle est votre pensée?

NÉRON

Quoi ! toujours encliainé de ma gloire passée ', .l'aurai devant les yeux je ne sais quel amour Que le hasard nous donne et nous ôte en un jour ! Soumis à tous leurs vœu.x, à mes désirs contraire, Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire ?

BURRIIUS.

Et ne suffit- il pas, seigneur, à vos souhails Que le bonheur public soit un de vos bienfaits? C'est à vous à choisir, vous êtes encor maître. Vertueux jusqu'ici, vous pouvez toujours l'ètie* : Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus; Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus. Mais si de vos llatteurs vous suivez la maxime, Il vous faudra, seigneur, courir de crime en criiup, Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés. Et laver dans le sang vos bras ensanglantés ^;

' En prose, il faudrait enchniné fi ir. L'exeMiple de tous nos bons portes, depuis Malherbe, a prouvé que le de ablatif a plus de grâce en poésie que le par, toutes les fois qu'il n'est pas contraire à la syntaxe et au génie de la langue. (L.)

- Louis Racine remarque avec raison ((ue Hurrhus ne pense sûrement pasijue NiTon ait jamais été vertueux; il est même tres-persuadé du contraire; et le ■spectateur est dans la confidence de ses senlimenis la-dessus , depuis qu'il a entendu dans sa bouche ces vers du troisième acte :

Enfin, Bnrrhas. Néron découvre son génie. Mais ce n est ici qu'une lec^on, et nullement une flatterie; et puis<|ue Néron a Voulu jusque la paraître ce qu'il n était jjas, Burrhus ne peut faire mieux que de lui persuader, s'il est (jcssiblo, qu'il est ce qii il a voulu paraître. Il est permis de se servir de l'amour propre du méchant pour le rendre meilleur; c'est loflice d'un honnête homme. Narcisse, au contraire, se servira tout à I heure de I amourpropre de Néron pour le porter au crime; c'est l'office d'un scélérat , et Burrhus •^'f Narcisse soutiennent le rôle qui leur est propre. [L.,

' [.^s principales idées de re»- ver<; et de plus'enrs autres de la même tiradf

\t)H . niUIANMC.rs

Brilannicus mourant excitera le zèle De ses amis, tout prêts à prendre sa querelle. Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs . Qui, même après leur mort, auront des successeurs : Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre. Craint de tout l'univers, il vous faudra tout craindre ', Toujours punir, toujours trembler dans vos projets, Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.

Ah ! de vos premiers ans l'heureuse expérience Vous fait-elle, seigneur, haïr votre innocence? Songez vous au bonheur qui les a signalés? Dans quel repos, ô Ciel ! les avez-vous coulés ! •Juel plaisir de penser et de dire en vous-même : « Partout en ce moment on me bénit, on m'aime ; « On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer; " Le Ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer; « Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage; '( Je vois voler partout les cœurs à mon passage ! » Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux 1 Le sang le plus abject vous était précieux. Un jour, il m'en souvient, le sénat équitdble Vous pressait de souscrire à la mort d'un coupable; Vous résistiez, seigneur, à leur sévérité, Votre cœur s'accusait de trop de cruauté, Et, plaignant les malheurs attachés à l'empire, •le voudrais, disiez-vous, ne savoir pas écrire. .Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur •Ma mort m'épargnera la vue et la douleur : On ne me verra point survivre à votre gloire. Si vous allez commettre une action si noire.

'Se jetant aux pieds de Néron. )

Me voilà prêt, seigneur; avant que de partir,

soiit empruntéesà Sénetjue dans son TriHé sm- h clem-nr', IV. llv, I, xin: i'>î<i , VIIT: ibid., I, U, etc.) ' Npcesse est multos timeat , qnem nmUi timpnt. (L^berits, in Macroh.

S-ihn-n. II. vu.)

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