SCENE IV NÉRON. NARCISSE
NARCISSE
Seigneur, j'ai tout prévu pour une mort si juste;
Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste *
A redoublé pour moi ses soins officieux :
Elle a fait expirer un esclave à mes yeux ;
Et le fer est moins prompt pour trancher une vie ',
Que le nouveau poison que sa main me confie.
' Le plus grand éloge du discours de Uurrlius. ( esl qu'il parvienne à toucher Néron même, et <|U on n'en soit |ias surpris; comme le |)lus grand éloge de la scène suivante, c est qu'on la supporte après celle-ci , car c est le comble de l'art que de faire supporter Narcisse. (L.)
- Damna ta veiieficii nomine Locusta, mulla scelerum lama. (Tac. -Ahh.
xm, XV.)
■* Promittentibus dein tam prœcipiteni neceni. quaiu si ferro urgerelut. 'Iac. .liin. XIII. w.j
JIO HUITANMCL'S
NÉRON
Narcisse, c'est assez : je reconnais ce soin, Et ne souhaite pas que vous alliez plus loin.
Quoi ! pour Britannicus votre haine affaiblie iMe défend...
NÉRON
Oui , Narcisse; on nous réconcilie.
NARCISSE
Je me garderai bien de vous en détourner ', Seigneur. Mais il s'est vu tantôt emprisonner : Cette offense en son cœiu' sera longtemps nouvelle. Il n'est point de secrets que le temps ne révèle : Il saura que ma main lui devait présenter Un poison que votre ordre avait fait apprêter. Les dieux de ce dessein puissent- ils le distraire ! Mais peut-être il fera ce que vous n'osez faire.
NÉRON
Ou répond de son cœur; et je vaincrai le mien.
NARCISSE
Et l'hymen de Junie en est-il le lien? Seigneur, lui faites-vous encor ce sacrifice ?
NÉRON
C'est prendre trop de soin. Quoi qu'il en soit, Narcis.se, Je ne le compte plus parmi mes ennemis.
NARCISSE
Agrippine, seigneur, se l'était bien promis : Elle a repris sur vous son souverain empire.
NÉRON
Quoi donc? Qu'a-t-elle dit? Et que voulez-vous dire-?
I II reconnaît donc que c'est un crime : il a cependant apiielé cette mort une mon si juste. Quand il voit son maître changé , il change de langage, et, en l'assurant qu'il ne veut pas le détourner de la réconciliation, il va le pousser au crime: il commence par ins])irer à Néron des craintes, et il l'irrite ensuite contre Agrippine , Burrhus et Sénèque, sans j^araltre en avoir le dessein. (L. Racine.)
'■i Pourquoi le poète n'a-t-il pas mis : El que veux-lu me dire? Jamais Néron n'a