‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 67 sur 260 · SCENE II AGAMEMNON, ACHILLE, ULYSSE · texte numérisé non relu

SCENE II AGAMEMNON, ACHILLE, ULYSSE

AfiAMEMNON.

Quoi ! seigneur, se peut-il que d'un cours si rapide La victoire vous ait ramené dans l'Aulide? D'un courage naissant sont-ce là les essais? Quels triomphes suivront de si nobles succès ! La Thessalie entière, ou vaincue ou calmée, Lesbos même conquise en attendant l'armée. De toute autre valeur éternels monuments, Ne sont d'Achille oisif que les amusements.

ACHILLE

Seigneur, honorez moins une faible conquête : Et que puisse bientôt le Ciel qui nous arrête Ouvrir un champ plus noble à ce cœur excité Par le prix glorieux dont vous l'avez flatté ! Mais cependant, seigneur, que faut-il que je croie D'un bruit qui me surprend et me comble de joie? Daignez-vous avancer le succès de mes vœux ? Et bientôt des mortels suis-je le plus heureux?

1 Ce détail un peu froid élait nécessaire pour fonder l'épisode d'Eriphile, sans lequel Racine convient lui-même qu'il n'aurait pu faire sa tragédie. (G.)

- Exclamation pleine de goût et d'art : elle confirme ce qu'Agamemnon a déjà dit du caractère d Ulysse, et prépare la situation embarrassante où lepèred'lphiijénie va se trouver entre les deux hommes que dans ce moment il doit redouter le plus.

VCTK I, SCKXE [1 143

Ou dit qu'Ipbigénie, en ces lieux amenée, Doit bientôt à son sort unir ma destinée.

AGAMEMXON.

Ma fille? Qui vous dit qu'on la doit amener?

ACHILLE

Seigneur, qu'a donc ce bruit qui vous doive étonner ?

AGAMEMNON, à Ulysse.

Juste Ciel, saurait-il mou iuneste artifice?

CLTSSE.

Seigneur, Agamemnon s'étonne avec justice : Songez -vous aux malheurs qui nous menacent tous? 0 ciel ! pour un hymen quel temps choisissez-vous? Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours fermée Trouble toute la Grèce et consume l'armée ; Tandis que pour fléchir l'inclémence des dieux ', Il faut du sang peut-èîre, et du plus précieux, Achille seul , Achille à son amour s'applique ! Voudrait-il insulter à la crainte publique. Et que le chef des Grecs, irritant les destins, Préparât d'un hymen la pompe et les festins? Ah ! seigneur, est-ce ainsi que votre âme attendrie Plaint le malheur des Grecs, et chérit la patrie?

Af.niLLE.

Dans les champs phrygiens les effets feront foi Qui la chérit le plus ou d'Ulysse ou de moi : Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle; Vous pouvez à loisir faire des vœux pour elle. Hem plissez les autels d'offrandes et de sang. Des victimes vous-mi'me interrogez le flanc, Uu silence des vents demandez-leur la cause : Mais moi, qui de ce soin sur Calchas me repose. Souffrez, seigneur, souffrez que je coure hâter

1 L'inctemeiice dei dieuj-. Coat \ inctemnilia dinim de Virgile, que Kii'iiiC ■! luit iwsspr ilans notre iansiie.

141 IPHIGENIE

Un hymen dont les dieux ne sauraient s'irriter. Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive, Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive : J'aurais trop de regret si quelque autre guerrier Au rivage troyen descendait le premier.

AGAMEMNON

0 Ciel ! pourquoi faut-il que ta secrète envie Ferme à de tels héros le chemin de l'Asie ? N'aurais-je vu briller cette noble chaleur Mue pour m'en retourner avec plus de douleur?

ULYSSE

Dieux ! qu'est-ce que j'entends !

ACHILLE

Seigneur, qu'osez-vous dire?

AGAMEM.NON.

Qu'il faut, princes, qu'il faut que chacun se retire; Que, d'un crédule espoir trop longtemps abusés. Nous attendons les vents qui nous sont refusés. Le Ciel protège Troie, et par trop de présages Son courroux nous défend d'en chercher les passages.

ACHILLE

Quels présages affreux nous marquent son courroux ?

AGAMEMNOX.

Vous-même consultez ce qu'il prédit de vous. Que sert de se flatter? On sait qu'à votre tête Les dieux ont d'ilion attaché la conquête; Mais on sait que pour prix d'un triomphe si beau , Ils ont aux champs troyens marqué votre tombeau : Que votre vie, ailleurs et longue et fortunée, Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée.

ACHILLE

Ainsi pour vous venger tant de rois assemblés D'un opprobre éternel retourneront comblés ! Et Paris, couronnant son insolente flamme,

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