‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 86 sur 260 · SCÈNE VIII ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII ÉRIPHILE, DORIS

ÉRIPHILE

Dieux, qui voyez ma honte, où dois-je me cacher?

Orgueilleuse rivale, on t'aime, et tu murmures !

Souffrirai-je à la fois ta gloire et tes injures-?

Ah ! plutôt... Mais, Doris, ou j'aime à me flatter,

Ou sur eux quelque orage est tout prêt d'éclater.

J'ai des yeux. Leur bonheur n'est pas encor tranquille.

On trompe Iphigénie; on se cache d'Achille :

Agamemnon gémit. Ne désespérons point;

Et, si le sort contre elle à ma haine se joint,

Je saurai profiter de celte intelligence

Pour ne pas pleurer seule et mourir sans vengeance '.

1 Ce vers a quelque chose de familier ; cependant il fait trembler dans la bouche d'Achille, et l'annonce tel qu'il va se montrer bientôt, c'est-à-dire celui lie tous les hommes le moins fait pour supporter une injure. L.)

2 Racine a trouvé moyen d'employer très-heureusement lemotin/urM dans le sens ù'invectives. quoique dans cette acception injure en poésie ne soit pas noble. Cette expression, qui s'emploie très-bien lorsqu'elle signifie injure faite ou reçue , devient basse et triviale lorsqu'elle signifie paroles injurieuses. 11 faut beaucoup d'art pour l'employer en ce sens. On en trouve encore un autre exemple dans la tragédie d'Andromaque. (L. B.)

3 Le sens et la construction exigeraient en prose que l'on répétât la négation. On ne peut pardonner cette licence à la poésie que parce que le sens est si clair qu'il n y a pas lieu à se méprendre. Mais la licence est forte, et il ne faudrait pas I imiter. (L.)

FIN DU DEUXIÈME ACTE

168 IPHIGÉNIE

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