SCENE III ACHILLE, CLYTEMNESTRE
ACHILLE
Tout succède. Madame, à mon empressement;
Le roi n'a point voulu d'autre éclaircissement :
Il en croit mes transports ; et, sans presque m'entendre ',
ll\ient en m'embrassant de m'accepter pour gendre -;
Il ne m'a dit qu'un mot. Mais vous a-t-il conté
Quel bonheur dans le camp vous avez apporté?
Les dieux vont s'apaiser : du moins Calchas publie
Qu'avec eux dans une heure il nous réconcilie;
Que Neptune et les vents, prêts à nous exaucer.
N'attendent que le sang que sa main va verser;
Déjà dans les vaisseaux la voile se déploie;
Déjà sur sa parole ils se tournent vers Troie.
Pour moi, quoique le Ciel, au gré de mon amour,
Dût encore des vents retarder le retour,
Que je quitte à regret la rive fortunée
Où je vais allumer les flambeaux d'hyménée;
Puis-je ne point chérir l'heureuse occasion
D'aller du sang troyen sceller notre union,
Et de laisser bientôt, sous Troie ensevelie,
Le déshonneur d'un nom à qui le mien s'allie ?
ainsi dire, dans les jouissances de lamour maternel. L'observation de toutes ces liienséances est un des avantages du théâtre français sur celui de toutes les autres nations. (L.)
• Ces vers sont pleins d'adresse; ils vont au-devant du reproche qu'on pourrait faire à Racine d'avoir laissé trop peu de temps à l'entrevue d'Agamemnon et d'Achille : Clytemnestre n'a que le temps de dire douze vers, et l'explication est finie, tdutest arrangé et conclu: mais on conçoit aisément qu'Agamemnon devait être trop confus et trop embarrassé pour soutenir un long entretien avec Achille. (G.)
* Cette fausseté d'Agamemnon, qui partout ailleurs serait odieuse, n'est ici que la preuve du malheur de sa situation, qui le réduit à cet excès de faiblesse. (G.)
J72 ll'HIGÉNIE