SCÈNE V
CLYTEMNESTRE, ACHILLE, IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, ARGAS, yEGINE, DORIS.
ARGAS.
iMadame , tout est prêt pour la cérémonie.
Le roi près de l'autel attend Iphigénie ;
Je viens la demander : ou plutôt contre lui,
Seigneur, je viens pour elle implorer votre appui ' .
ACHILLE
Arcas, que dites-vous ?
CLYTEMiNESTRE.
Dieu! que vient-il m'apprendre ?
ARGAS, à Achille.
Je ne vois plus que vous qui puissiez la défendre.
ACHILLE
Contre qui?
ARCAS
Je le nomme et l'accuse à regret ;
Autant que je l'ai pu j'ai gardé son secret :
Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête.
Dût tout cet appareil retomber sur ma tête,
Il faut parler.
OLYTEMNESTRE.
Je tremble. Expliquez- vous, Arcas.
ACHILLE
Qui que ce soit, parlez; et ne le craignez pas.
1 Quelle scène 1 quel coup de théâtre! La fille et lu mère sont au comble de leurs vœux, Achille se félicite avec elles de son bonheur; et d'un seul mot Arcas détruit leur illusion. Observez que la révélation du secret dAgamemnon fait bien plus d'effet dans Racine que chez le poète grec. En effet , chez le der. ier, l'esclave ne le révèle que devant Achille et la reine; icic'est devant Achille, devant Clytemnestre, devant Iphigénie et devant Ériphile; d'un seul mot. Racine a mis en mouvement la tendresse de la mère, l'amour de la fille, le caractère bouillant de l'amant et la jalousie de la rivale. iL. B.)