‹ Œuvres choisies de J.RacineChapitre 96 sur 260 · ACTE m, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE Vil

ACHILLE

Kh bien ! c'est donc à moi de prendre votre place. Il me verra, Madame; et je vais lui parler '.

IPHIGÉNIB.

Ah ! Madame !... ah ! seigneur, où voulez-vous aller?

ACHILLE

Et que prétend de moi votre injuste prière? Vous faudra-t-il toujours combattre la première?

CLYTEMNESTRE

Quel est votre dessein, ma fille?

IPHIGÉNIE

Au nom des dieux, Madame, retenez un amant furieux :

De ce triste entretien détournons les approches. Seigneur, trop d'amertume aigrirait vos reproches. Je sais jusqu'où s'emporte un amant irrité ; Et mon père est jaloux de son autorité : On ne connaît que trop la fierté des Atrides. Laissez parler, seigneur, des bouches plus timides. Surpris, n'en doutez point, de mon retardement . Lui-même il me viendra chercher dans un moment : Il entendra gémir une mère oppressée :

Et que ne pourra point m'inspirer la pensée Ue prévenir les pleurs que vous verseriez tous. D'arrêter vos transports, et de vivre pour vous !

ACHILLE

EnOn, vous le voulez : il faut donc vous complaire. Donnez-lui l'une et l'autre un conseil salutaire; Kappelez sa raison , persuadez-le bien. Pour vous, pour mon repos, et surtout pour le sien, .le perds trop de moments en des discours frivoles :

1 Dans la situation où l'on est, c'est Achille qui dit d'Agamemniin : Il me verra! c'est là de la terreur; et combien celle que va témoigner Iphigénie ajoute à celle du spectateur 1 (L.)

182 IPHIGENIE

11 faut des actions, et non pas des paroles ' .

(A Clytemneslre.)

Madame, à vous servir je vais tout disposer : Dans votre appartement allez vous reposer. Votre fille vivra, je puis vous le prédire. Croyez du moins, croyez que, tant que je respire, Les dieux auront en vain ordonné son trépas : Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas *.

' Ce vers condamne l'Achille d'Euripide, qui perd un temps très-long à assurer Clytemneslre qu'il sera son dieu tutélaire , que sa fille ne mourra point , et que son honneur l'oblige à la défendre. (L. Racine.)

2 Voilà l'Achille de la tragédie et de l'épopée. (L.)

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