‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 36 sur 85 · LE REVE · texte numérisé non relu

LE REVE

C'était un soir d'été, large, éclatant, vermeil ;

Comme un grand cœur saignant se mourait le soleil

Le cœur divin versait sa tendresse infinie,

Et nous contemplions sa sublime agonie,

Et tout nous paraissait splendide, harmonieux,

Divin comme l'amour, qui brûlait dans tes yeux.

— Seul depuis j'ai revu des couchants magnifiques,

Et le même soleil, et des pourpres magiques

Oui n'illuminaient plus ton visage adore ;

Et tout m'a semblé froid, morne, décoloré...

Notre rêve avait fait la beauté de ces chose

Et la douceur des fleurs, celle des lèvres ros

Et ce lac frissonnant qui nous avait charmes

Alors qu'il se mirait en tes yeux bien-aimes.

Le bleu pur de ces flots sillonnés par des cygnes,

Et le chant des couleurs, la musique des lignes.

Tout ce qui ce soir-là nous fit ivres et fous

Était créé par nous, et n'existait qu'en nous

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