‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 42 sur 85 · LA CHANSON DU VENT · texte numérisé non relu

LA CHANSON DU VENT

Vent fou qui voles où tu veux,

De fleur en fleur, de femme en femme,

Vent qui caresses les cheveux,

Vent libre, je voudrais ton âme.

Vent qui murmures dans les bois, Comme un chœur à bouche fermée, Certains soirs je voudrais ta voix, Pour parler à ma bien-aimée ;

Et vent qui soulèves les mers, Qui hurles le long des rivages, Je voudrais dans mes jours amers Parfois aussi tes cris sauvages.

Pour y jeter tous mes sanglots, Toutes mes colères, ma haine, Et pour fouetter comme des flots, L'océan de la foule humaine !

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Calmes, indifférents, splendides, ses regards Jetaient, comme la mort, l'âme dans l'épouvante ; Et froids, brillants, avec l'éclat des beaux poignards, Faisaient sentir à tous leur morsure savante.

Plus d'un prélat, rêvant l'enfer de son boudoir, Pris de vertige et fou, laissait la sainte table, Et râlait de désirs en poursuivant le soir, A travers les jardins, sa beauté redoutable.

Le Pape, la voyant en robe de velours,

Calice d'où sortait en fleur sa gorge nue.

Se dit : « Les vieux démons ressuscitent toujours,

Et Vénus h sorcière antique, est revenue ! »

Alors Imperia sourit pour l'apaiser ;

Et, vaincu par ses yeux, et lâche comme un homme,

Le Pape la bénit, au lieu d'exorciser,

Et la belle resta dans la ville de Rome.

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