‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 44 sur 85 · OMPHALE · texte numérisé non relu

OMPHALE

Hercule, le héros, morne, silencieux, Se tenait accroupi devant le lit d'Omphale, Qui, demi-nue, ouvrait nonchalamment les yeux, Pour jouir des blancheurs de sa chair triomphale.

A travers les rideaux de pourpre, du dehors Pénétrait et vibrait une ardente lumière, Et de roses clartés pleuvaient sur ce beau corps, Qui semblait insensible et plus froid que la pierre

Le héros à ses pieds tressaillit tout à coup. Il se dressa robuste et puissant comme un chêne : Le sang faisait gonfler les veines de son cou, Et, pareil au lion qui briserait sa chaîne,

Terrible, en contemplant Omphale, il dit : « Je pars. * Et, tandis que, levant sa tête vers Hercule, Et du doigt écartant ses longs cheveux épars, La reine sur son lit souriait incrédule :

« Ch ! qu'as-tu fait de moi ? dit -il en rugissant. Autrefois j'étouffais le lion de Némée ; Aujourd'hui je ne sais, stupide et languissant, Qu'adorer tout le jour ta chair accoutumée.

« Lâche, je reste là, sans souci du devoir, J'ai honte, et je m'en vais, car la gloire m'importe. Toi, tout ce que voulait ton orgueil, c'était voir Hercule, comme un chien, couché devant ta porte !

« Et c'est donc pour cela que j'aurais combattu? Et je n'aurais ainsi conquis toute ma gloire, Que pour finir ma vie. oubliant la vertu. Et tenir hébété ta quenouille d'ivoire?

* Oui. je te quitte et pars au loin, me voilà fort ! Au loin je vais souffrir, mais aussi je vais vivre : Et s'il me faut plier terrassé par le sort. J'appellerai la Mort pour qu'elle me délivre !... *

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