‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 48 sur 85 · IDENTITE · texte numérisé non relu

IDENTITE

Un même désir vague au cœur de toutes choses,

Certains soirs, vient troubler les femmes et les roses;

L'homme, la bête et l'arbre ont les mêmes secrets:

La sève est un sang pâle aux veines des forêts.

La flamme du divin soleil est cette flamme

Oui fait la passion brûlante de mon âme.

LTne même clarté rit dans l'astre et mes yeux.

Les Cieux rêvent par moi, comme je vis par eux;

Et l'homme a cet orgueil qu'un jour s'est condensée

Leur conscience, encore obscure, en sa pensée.

— Je pourrais dire aussi, comme le sage hindou :

J'ignore qui je suis, je viens je ne sais d'où ;

Mais la chair des soleils, mais leur âme est la mienne:

Rien d'eux, esprit ou sang, rien qui ne m'aDpartienne;

Le même esprit circule en l'Univers et moi : Le rythme est dans mes chants identique à la Loi Oui fait s'ouvrir la fleur et fait tourner l'étoile. J'ai vu l'identité que la Maya nous voile ; Et ce monde, où l'enfer se mêle au paradis, C'est mon être et mon rêve à l'infini grandis.

BRAHM

Je suis l'Ancien, je suis le Mâle et la Femelle, L'Océan d'où tout sort, où tout rentre et se mêle; Je suis le Dieu sans nom, aux visages divers; Je suis l'Illusion qui trouble l'univers. Mon âme illimitée est le palais des êtres; Je suis l'antique Aïeul qui n'a pas eu d'ancêtres. Dans mon rêve éternel flottent sans fin les cieux; Je vois naître en mon sein et mourir tous les Dieux. C'est mon sang qui coula dans la première aurore ; Les nuits et les matins n'existaient pas encore, J'étais déjà, planant sur l'océan obscur. Mon âme est le Pusse, le Présent, le Futur; Je suis la large et vague et profonde Substance, Où tout retourne et tombe, où tout reprend naissance,

Le grand corps immortel qui contient tous les corps. Je suis tous les vivants et je suis tous les morts. Ces mondes infinis, que mon rêve a fait naître, Néant, qui prend pour vous l'apparence de l'être, Sont, lueur passagère et vision qui fuit, Les fulgurations dont s'éclaire ma nuit. — Et si vous demandez pourquoi tous ces mensonge:- Je vous réponds : Mon âme avait besoin de songes, D'étoiles fleurissant sa morne immensité. Pour distraire l'horreur de son éternité !

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