‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 64 sur 85 · LE REVE DE LA VIE · texte numérisé non relu

LE REVE DE LA VIE

J'ai vécu, j'ai rêvé : n'aurai-je fait qu'un rêve?

Et la douleur, la lutte, et le labeur humain,

Et la joie, et l'ivresse, ou la gaîté si brève,

Tout n'est-il donc pour nous, mortels, qu'un songe vain

J'ai vécu, j'ai rêvé, j'ai connu le mensonge,

Le mensonge d'aimer et de me croire aimé,

Et les baisers, les pleurs, tout ne fut-il qu'un songe,

Ainsi que la douceur des yeux qui m'ont charmé?

Rêve, j'aurai passé dans le rêve des choses,

Et leur féerie étrange, et la terre et le ciel

A mes yeux morts, scellés ^ous leurs paupières closes,

N'auront-ils, en fuyant, rien laissé de réel?

L'universel Néant s'est miré dans mon être ;

J'ai passé, j'ai rêvé, tourmenté comme lui ;

Rien n'est donc vrai que l'ombre où je vais disparaître

Avec le souvenir des clartés qui m'ont lui !...

Du moins soyez bénis, illusions d'une heure, O songes fugitifs, mirages d'un moment, Terre qui me portais, ô troublante demeure Où l'homme endort un peu sa misère en aimant ;

Où dans les jardins clairs qu'alanguissent les plantes, Sous les enchantements de la lune d'été. Nos âmes se fondaient sur nos bouches brûlante-. Echangeant des serments d'amour illimité !

— J'ai vécu, j'ai rêvé : n'aurai-je fait qu'un rêve, Quand je tenais sa forme éphémère en mes bras? Et du rêve, ô mon âme, en la mort qui l'achève. Que demeurera-t-il. quand tu disparaîtras?

Heures sombres.

Page 1