‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 69 sur 85 · DANS UNE FORÊT, LA NUIT · texte numérisé non relu

DANS UNE FORÊT, LA NUIT

Étoiles, floraison de cet arbre géant, Qui ressemblez aux yeux terrestres de la femme, Fleurs brûlantes du ciel, je songe à ce néant Où vous vous éteindrez aussi, comme mon âme !

J'ai peur, mortel chétif, en cette immensité : La ténébreuse horreur de ces bois me pénètre, J'ai peur, quand au travers de leur obscurité J'aperçois l'infini qui menace mon être.

Pourquoi suis-je donc seul saisi d'un tel émoi, Seul atome pensant parmi tous les atomes, Devant ces arbres noirs qui font autour de moi Ce grand cercle muet d'immobiles fantômes?

— Dans ce monde avec vous comment suis-je venu O visions, avant que la mort ne nous fasse Tous rouler pêle-mêle au fond de l'inconnu, Regardons-nous, une heure encore, face à face !

MOJSE

Un soir, dans le désert, Moïse étant très vieux.

Seul sur un haut rocher, se tenait soucieux

Et rêvait, regardant au loin la plaine immense.

Le ciel rouge du soir s'emplissait de silence ;

Le soleil descendait en des brumes perdu,

Et tout le camp aux pieds du prophète étendu

Sous ses yeux lentement disparaissait dans l'ombre. Des troupeaux, au milieu, formaient un cercle sombre Sur le sable, parmi des groupes de chameaux, Et les hommes de garde auprès des animaux Kntretenaient des feux, et veillaient sur leurs bel — Or le vieillard, si fort que toutes les tempêtes Demeuraient sans effet sur son âme d'airain. Le héros rude et lier, dont nul pouvoir humain

Page 1