‹ Œuvres choisies de Jean LahorChapitre 70 sur 85 · MOÏSE · texte numérisé non relu

MOÏSE

X'cût su faire plier jamais le front sublime,

Moïse ce soir-là tremblait devant l'abîme

De l'Infini, devant l'Infini ténébreux,

Et lui, chef et pasteur et prêtre des Hébreux,

Il sentait succomber ses rêves grandioses

Sous le doute éternel qui sort du sein des choses.

11 regarda longtemps son camp qui s'endormait,

Et le ciel, où la lune ardente s'enflammait,

Puis, fermant ses grands yeux d'aigle, le vieux Moïse,

Se dit : « Ils entreront dans la terre promise,

Mais moi, qui dois mourir avant, où vais- je aller?...

O Maître dur, pourquoi crains-tu de révéler

Le secret qui se cache aux demeures funèbres?

Pourquoi n'oses-tu pas éclairer ces ténèbres?

Et, pareils aux troupeaux ignorants de leur sort,

Toujours il nous faut donc arriver à la mort,

Sans avoir pénétré l'horreur de son mystère,

Ni comprendre pourquoi nous étions sur la terre?

Echappés au néant, nous rentrons dans la nuit.

Une heure, notre oreille aura perçu le bruit

Des choses; nous aurons, entr'ouvrant la paupière.

Contemplé l'océan profond de ta lumière ;

s regards auront vu les abîmes des cieux Se dérouler avec leurs flots mystérieux.

Et, comme en une mer où se bercent des îles, Se bercer dans l'éther les étoiles tranquilles; Puis, le mirage éteint, dans le tombeau béant, Xe connaîtrons-nous plus que les vers du néant:... Oh! qu'est-elle, la Mort? Et, pourquoi, criminelle, Sans pudeur, sans pitié, trop souvent frappe-t-elle Des enfants qu'ici-bas tu forçais de venir? Pourquoi sépares-tu ceux que tu viens d'unir? Par quel caprice, un jour, nous as-tu donné l'être? Quand rien n'était créé, qui demandait à naître? Si nous sommes tes fils, comment nous as-tu faits Sans vertus ni vigueur, impuissants et mauvais? Et quel orgueil as-tu, quand, contemplant la terre, Tu la vois promener sa honte et sa misère De ciel en ciel, sans fin, à travers tous les temps, Et n'enfanter que pour créer des mécontents? Oh! ne sens-tu jamais se troubler tes pens^ Quand pleurent à la fois tant de choses ble^- Quel besoin avais-tu des bètes et de nous, De lâches à tes pieds se courbant à genoux, Ou, stupides, baisant des idoles de pierre. Quand ta tondre éblouit leur débile paupière:... Cache-moi leur laideur! Oh! cache-moi ton mal! L'homme n'est pas ton fils : L'homme est un animal

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