I. Ouvrage en préparation
fastueuses, a succédé la souveraineté populaire, mais dont le règne ne s'est manifesté jusqu'ici que par une sorte de barbarie artistique, aussi inquiétante que navrante.
« Cet art nouveau, répondant aux besoins nouveaux de ces grandes foules démocratiques, devra de l'ancien cependant garder bien des enseignements, respecter bien des principes et des traditions nécessaires, et ainsi lui demeurer attaché toujours par des liens que Ton ne pourrait impunément briser. Au point de vue de l'art, une rupture complète avec le passé serait aussi funeste que pourrait l'être également un trop religieux respect déformes, de formules surannées. •,
En songeant à Kart qui se va créer, qui se crée déjà, ça et là, mais sans la conscience encore de tout ce qu'il doit être, de tout ce qu'on attend de lui, en songeant à ces architectures nouvelles, devant répondre aux besoins, à l'activité des foules énormes et si vivantes de notre temps, l'on ne peut s'empêcher de penser à une révolution analogue, qui se fît un jour dans le monde ancien, quand pour des foules aussi, celles de la démocratie romaine aux siècles des Césars, se créa l'art colossal des Thermes de Caracalla, des cirques comme le
l'art social nouveau. 299
Colisée, des aqueducs comme ceux de Claude, de Ségovie ou le robuste pont du Gard. Et à propos de ces aqueducs, apportant aux cités l'eau la plus abondante et la plus pure, à propos de ces thermes, je ferai souvenir que jamais l'hygiène ne fut plus étroitement peut-être associe'e à l'art public et n'a pris une importance plus grande qu'à cette époque. Or, la Société d' Art Social et d'Hygiène ion&ée par moi tendait à rappeler sans cesse et à imposer cette association nécessaire.
Faisant la déclaration de quelques-uns des principes que nous voulons exposer et illustrer en ce livre, nous dirons donequ'en leur évolution et leur transformation nouvelle, l'architecture et la décoration, devront ainsi se rattacher toujours plus ou moins aux traditions du passé.
Nous ne voulons pas d'art sans patrie, et l'art social partout devra garder la sienne.
Mais nul grand art jamais qui ne soit l'expression d'un grand sentiment, religieux ou non, d'une grande foi, d'une grande idée, ou simplement d'un grand orgueil.
C'est par exemple un magnifique sentiment religieux qui créa l'art sublime de notre xmc siècle, le plus glorieux, le plus pur de l'art français ; et le
même sentiment créa celui de tous les primitifs.
C'est la religion de la cité, de la patrie, c'est l'orgueil du civis romanus, ou celui du citoyen d'Athènes, de Florence, de Sienne, de Pise, de Venise, de Nuremberg, qui ont en partie fait naitre l'art éternellement admirable de toutes ces cités.
Notre foi religieuse d'aujourd'hui, si médiocre, produit la médiocrité, les pauvretés de notre architecture et de notre peinture religieuses ; et si quelques œuvres demeurent religieuses encore, c'est qu'elles ont jailli d'une âme de croyant, comme celle d'un quattrocentiste.
A l'orgueil aussi des aristocraties ou des royautés d'autrefois, à l'idée si haute qu'elles se faisaient d'elles-mêmes et que L'on se faisait d'elles, ont répondu le faste, les splendeurs des arts dont elles s'entourèrent.
Si dans le paysage, et en lui à très peu près seulement, la peinture moderne est intéressante. très belle, émouvante encore, c'est que le paysage a reçu l'inspiration, L'émotion d'une religion nouvelle, celle de la Nature.
Donc, je le répète, rien de grand sans une foi, un idéal, un grand amour, un grande passion, illusoires ou non.
Or, quelle foi, quelle religion, quels sentiments magnifiques vont donc inspirer ce nouvel art social, pour le faire grand aussi ?
Et nous ne parlons pas de ces e'normes besoins nouveaux — ce ne serait pas assez — qui peuvent être également pour lui des causes de quelque grandeur.
La foi que l'humanité, ou une partie de l'humanité, prend dans son avenir, si médiocre et vile dans le présent qu'elle soit encore; le sentiment de la solidarité, de l'union, dont elle commence à avoir conscience, comme devant un jour rapprocher et réconcilier tous ses membres ; l'orgueil qu'éveillent justement en elle ses énergies croissantes, ses victoires sur la Nature, tant d'oppressions, de fatalités vaincues, tant de découvertes et de conquêtes de la science, tant d'incalculables puissances dont cette science l'a dotée déjà; le rêve, l'espoir qu'elle va se transformer, sinon en une humanité « surhumaine », du moins en une humanité qui sortant chaque jour davantage de son état d'animalité originelle, et aspirant à plus d'énergie physique, intellectuelle, morale, à plus de bien-être, a plus de joies, les saura conquérir; le rêve, l'espoir que toutes ces foules si bas hier dans leur vie trop souvent obscure et douloureuse, vont donc
s'élever peu à peu à une vie plus haute, plus lumineuse, plus libre, plus vraiment humaine; ce rcve fait par quelques hommes de la Révolution, mais dont elle a, partant de stupidités et de crimes, compromis ou retardé la réalisation pour longtemps, ce rêve que la démocratie, un jour, si elle le voulait, et quelles quefussent sa médiocrité, sa bassesse, la brutalité de ses instincts présents, pourrait devenir, selon le mot de H. Heine, une aristocratie de plusieurs millions d'hommes; l'aspiration à une certaine égalité, éveillée en ces foules par la Révolution encore, égalité que du reste elles n'ont pas comprise ni connue jusqu'ici, ne voyant pas qu'il la fallait d'abord mériter; ce sont tous ces sentiments toutes ces idées, tous ces espoirs, tous ces rêves, toutes ces aspirations plus ou moins vagues, cette foi dans l'énergie humaine, cette sorte de religion de l'Humanité, qui inspireront sans doute, consciemment ou inconsciemment, le nouvel art social, et lui apporteront la grandeur, la beauté pat nous voulues et attendues de lui.
Science et Mariage 1
Peut-être un jour viendra, et peut-être il est proche, où l'on trouvera logique, nécessaire et très simple, de s'offrir à un examen médical, avant de contracter mariage, comme on trouve logique, nécessaire et très simple de l'accepter, quand on veut contracter une assurance sur la vie, — contrat n'intéressant que l'assureur et l'assuré, et où seul est en jeu un intérêt d'argent, —ou de le subir pour entrer dans l'armée, et pour aller aux colonies.
Un jour viendra peut-être, où les deux familles, avant de décider un mariage, mettront en présence leurs deux médecins, comme elles mettent en présence leurs deux notaires, et où les médecins auront le pas sur les notaires, comme les questions