I. Ouvrage médical signé du Dr Cazalis. Doin, éditeur
de santé le devraient prendre sur les questions d'argent.
Quelque opinion que Ton se fasse de ces idées, il est certain que beaucoup déjà s'en préoccupent, que d'ici à peu elles seront l'objet de discussions sérieuses, et que l'on examinera avec attention s'il est opportun et s'il est besoin de les défendre et de les faire adopter.
C'est que Ton pourrait, par ces précautions prises, prévenir bien des malheurs et bien des crimes, éviter à des milliers d'enfants, de jeunes gens, déjeunes filles ou de jeunes femmes d'atroces et trop longues souffrances, d'horribles morts dont quelques-unes sont des façons d'assassinats, sauver beaucoupd'êtrespourqui vraiment ileùt mieux valu ne pas être, épargner àceux qui les aiment d'affreuses angoisses, parfois des remords, arrêter enfin sur la voie de la dégénérescence des familles et des races.
L'objet principal du mariage doit être la naissance de l'enfant qui continuera la famille. Son but n'est pas, comme dans l'union libre, l'unique satisfaction de deux désirs plus où moins passion nés. d'un double égoïsme, ou de deux instincts exaltés, bien qu'il soit mieux sans doute qu'un amour réciproque fasse l'union légitime plus
étroite encore et plus belle. Mais la passion ou l'amour ici doivent avoir un autre objet qu'euxmêmes. Tout dans le mariage est subordonné ou doit l'être à cette naissance de l'enfant et en des conditions de vitalité, de santé parfaites; dès lors les questions d'argent devraient n'intervenir qu'après celles-ci, intervenant très justement ensuite pour la protection de la famille à venir.
La science continuant la religion ou parallèlement avec elle, a donc à veiller étroitement sur lui, et peut-être le saura-t-elle protéger mieux que nulle religion ne l'a su faire ; et à ses yeux il garderait ainsi son caractère sacré, demeurerait comme un sacrement.
En dépit des attaques portées récemment contre elle, certains esprits toujours ne veulent croire et n'espèrent qu'en elle. Aussi bien ou mieux que les religions les plus hautes, peut-être parviendra-t-elle en effet à combattre heureusement dans l'homme l'ignorance et l'instinct brutal, et cette lutte et ses victoires contre ce qui fut et reste l'antique loi naturelle pourraient lui mériter un jour le caractère moral et presque religieux qui lui est dénié, et que ses adversaires la déclarent incapable de savoir jamais acquérir.
Comme la religion ou comme la morale, elle
aussi va troubler des consciences, elle aussi va mettre en conflits le vieil instinct animal, l'intérêt individuel et égoïste, avec des obligations supérieures reconnues par elle, obligations sans doute plus ou moins sévères et oppressives, mais justement sévères et oppressives, étant protectrices d'un grand intérêt général.
La science en établissant ces obligations, en reconnaissant ces lois, ces nouveaux « rapports nécessaires, résultant de la nature des choses », la science va donc créer une moralité nouvelle \ en rapport avec des obligations nouvelles.
La question du mariage va être ainsi reprise et de très près examinée par elle.
Le mariage a été l'occasion continuelle de conflits entre la passion et le devoir, ou simplement entre l'amour et l'intérêt, ou plus simplement encore entre des intérêts, souvent assez bas : tout le théâtre et l'art du roman les racontent.
La science aujourd'hui déclare : qu'en certains états de maladie, l'on n'a pas le droit de contracter mariage : et par elle ainsi vont être crées des conflits nouveaux, mettant également aux prises l'amour et le devoir, l'instinct et la raison, le bonheur, l'intérêt personnel, et cet intérêt gênerai, que la conscience en nous plus ou moins obscure-
ment représente. Car il faut cependant que certains attentats, que certains crimes, que certaines souffrances, que certaines morts ne soient plus possibles, et il faut cependant protéger toujours, et sauver la famille et la race.
Donc quelques esprits ont le droit de penser que la science s'élèvera un jour jusqu'à créer aussi une morale et une religion : une morale, puisqu'elle promulguera des devoirs moraux, une religion puisqu'elle établira entre les hommes un lien, des obligations nécessaires en vue d'un très haut idéal, ce qui est à peu près la définition du mot religio.
La mort sans doute est nécessaire à la vie, l'inutile souffrance ne semble pas l'être, et la dégénérescence de la racenel'estpas;orlatuberculosequi tue i million 500 mille des nôtres en 10 ans, fait souffrir aussi (et inutilement, je le crois, sans aucun résultat moral1) bien des êtres, beaucoup d'enfants d'abord; puis la tuberculose en plus, parles survivants qu'elle laisse, je veux dire par les descendants
1. Je dis cela, car on a prétendu que toute souffrance était bonne par le bien moral qu'elle apporte.
des tuberculeux, contribue à l'affaiblissement, à la dégénérescence, à la décadence de la race.
La bacillose, je l'admets, est pour la Nature une de ses façons larges de procéder à l'élimination, à l'enlèvement de ses déchets, et la Nature faisant sans cesse parmi les vivants la sélection des mieux doués pour la vie, la bacillose serait donc un de ses moyens très simples de procéder à ladisparition des faibles.
Oui, tant de souffrances, tant de morts dues à l'hérédité morbide, voilà ce que Ton ne rappellera jamais assez, et ces morts, chacun sait de quelles agonies lentes, de quelles douleurs aussi elles sont précédées, de quels regards jetés désespérément par ces condamnés, si jeunes pour la plupart, sur la vie et sur ceux qui restent.
Des optimistes trouvent cependant que tout esl bien, que la loi de l'hérédité morbide aboutissant trop souvent à la mort est plutôt heureuse, puisqu'au fond elle défend la race, et ainsi ce procédé de salut public, ces exécutions en masses, cette élimination de ses déchets, en la protégeant, une fois de plus leur font admirer la sage ordonnance, et les décrets de la Nature. Quelquesuns de nous cependant se refusent a demeun complices en son gaspillage de la vie. Elle tue tans
pitié les germes et les jeunes, s'en étant montrée trop prodigue; elle détruit sans regret ce qu'elle a créé sans raison ni mesure.
Nous ne pouvons aujourd'hui garder devant ces massacres une indifférence aussi tranquille qu'est la sienne, et nous avons donc à agir dans un sens qui sera contraire au sien.
Ainsi nous voulons voir diminuer dans le monde les semences de mort, les causes, les facteurs de dégénérescence, et mieux protéger cette frêle œuvre d'art qu'est la vie, mais par des procédés plus humains, elle, employant volontiers la maladie, la destruction, pour réparer quelques-unes de nos fautes, ou des siennes, telles que l'excès des germes, nous, répugnant désormais à cette simplicité un peu barbare dans ses méthodes d'épuration, à ces façons de corriger son œuvre, et nous ainsi tenus à ne la plus suivre, à ne plus rester ses complices, je le répète, du jour où la justice, où la pitié sont entrées dans notre âme et où nous est apparue la vision claire d'un si affreux désordre.
Un homme reproduit sa race; il la reproduit mal ; la nature, dans l'intérêt de la race, tue l'enfant.
Peut-être eût-il été mieux et plus simple encore que cet enfant ne fût pas né. Ne sachant donc approuver en bloc la Nature, pas plus que cette Révo-
lution qui la copiait parfois, révoltée de ces exécutions par fournées, nous sommes de ceux qui pensent que la science, comme la religion, doit très souvent, loin de lui obéir, lui résister, faire autre chose que ce qu'elle ordonne et à quoi elle nous invite, la combattre enfin, et qu'il appartient à la science d'édicter, comme les religions parfois l'ont su faire, une loi nouvelle, différente sur bien des points, de la terrible et trop simple loi naturelle.
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