PREFACE. XVII
Des conceptions si élevées eussent été ruinées par une exécution médiocre. Il reste donc à dire si ce «poète d'idées » vaut qu'on s'arrête à ses vers autant qu'à ses idées.
Sa forme poétique est très belle. C'est une des plus belles qui soient parmi les poètes du XIX* siècle, et ce 11 est pas peu dire. Mais les idées aussi de Jean Lahor, quoique étonnamment diversifiées sur certains thèmes, se groupent toutes autour d'un noyau dépensées, qui présentent toujours un air de famille. Et la forme poétique la plus naturellement tropre à traduire ces idées s'est présentée d'elle-même aie poète, qui semble n'avoir pas eu à la chercher. La fusion du rythme et de la pensée a dit être immédiate : cela se voit, cela se sent. Une telle exécution exclut l'idée de labeur, comme aussi celle de négligence. Le poète n'a donné vie, sous les espèces du rythme, qu'à ce qu'il sentait vivre en son cerveau et et prêt à s'en détacher sous les lois du nombre. Aussi, en outre de ce premier bonheur, en a-t-il par surcroit rencontré un second : point de remplissage, de placage, dit au désir de V effet ; point de « rhétorique » non plies, de virtuosité pour le seul plaisir. Cet hindou est un latin, et sa luxuriance est sobre. Son vers est musical par excellence, et il règne entre ses cadences, savantes et pourtant attendues , quelque
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chose de la parenté qui règne parmi celles de V harmonieux Gluck. Il est savant sans viser à être habile. Il ne parle que pour dire ce qui Va ému. Enfin, et c'est le principal, il est lui-même.
C'est ce qui rend sa langue poétique reconnaissable aisément. Elle a les mollesses et les tendresses orientales ; elle n'en a pas les éclats excessifs. Les mêmes peintures, qui fournirent à un Leçon te de Liste les couleurs d'une mosaïque d'émaux, donnent chez Lahor le moelleux caressant d'un tapis de Perse. C'est qu'il a lui-même une âme caressante, et qu'une grâce attendrie se mêle aux spectacles les plus affreux qu'il nous montre, car ils ne sont montrés aux sens que pour être sentis par l'esprit. Jean Lahor n'est donc le disciple de personne, pas même et surtout pas de Lecontc de Lish\ qu'il admirait d'ailleurs profondément. Il n'est à la suite d'aucun chef d'école ; il est seul, et il se suffit.
Que sa poésie, celle de /'Illusion, et des Quatrains ûfAl-Ghazali, naît point connu certaines longueurs morbides de f Orient, et n'ait point exprimé, jusqu'à F énervement parfois, les délices de la chair, Userait superflu de le nier, et naïf de le lui reprocher, vu la nature de son sujet. On remarquera pourtant que si fumais la chair fut spiritualisee dans des vers de volupté, v'ité chez Jean Lahor, Le poète estic*