‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 109 sur 159 · ULT88E · texte numérisé non relu

ULT88E

Non, votre fille vit, et les dieux sont contens. Rassurez-vous. Le Ciel a voulu vous la rendre.

CLTTEMKE8TRE.

Elle vit ! E^ c'est vous qui venez me l'apprendre l

ULTS8E.

Oui, c'est moi, qui, long-temps contre elle et contre vous, Ai cru devoir, Madame, affermir voira époux;

nuoÉDiB. S&3

Moi qui, jaloux tantôt de Hionnenr de nos armes, Par d'austères conseils ai fait couler vos larmes; Et qui viens, puisqu'enAn le Ciel est apaisé, Réparer tout l'ennui que je vous ai causé.

CLVTEMNESTR£.

Ma fille l Ah, prince ! O Cielt Je demeure éperdue, duel miracle, Seigneur, quel dieu me l'a rendue 1

ULYSSE

Vous m'en voyez moi-même, en cet heureux moment, Saisi d'horreur, de joie, et de ravissement.

Jamais jour n'a paru si morte} à la Grèce.

Déjà de tout le camp la discorde maîtresse Avait sur tous les yeux mis son bandeau fatal. Et donné du combat le funeste signal.

De ce spectacle affreux votre lille, alarmée. Voyait pour elle Achille, et contre elle l'armée ; Mais quoique seul pour elle, Achille furieux ' Epouvantait l'armée, et parjtogeait les dieux. Déjà de traits en l'air s'él^^ituj^uage ; Déjà coulait le sang, pr^ic<^^ carnage.

Entre les deux partis Calchas s'est avancé, L'œil farouche, l'air sombre, et le poil hérissé, Terrible, et plein du dieu qui l'agitait sans doute : "Vous, Achille, a-t-il dit, et vous,Qrecs, qu'on m'écoule: ** Le dieu qui maintenant vous parle par ma voix " M'explique son oracle, et m'instruit de son choix. " Un autre sang d'Hélène, une autre Iphigénie " Sur ce bord, immolée, y doit laisser sa vie. " Thésée, avec Hélène uni secrètement, "Fit succéder l'hymen à son enlèvement.

" Une fille en sortit, que sa mère a celée ;

954 mnofMii,

" Du nom d'Iphigénie elle fut «ppelée.

"Je vis moi-même alors ce fruit de leurs «noarB;

'' D*uii sinistre avenir je menaçai ses jours.

" Sous xm nom emprunté, sa noire destinée

" Et ses propres furears ici l'ont amenée.

" Elle me voit, m'entend ; elle est devant vos yeux ;

" Et c'est elle, en un mot, qae demandent les dieaz/

Ainsi parle Calchas. Tont le camp immobile

L'écoate avec frayeor, et regarde Eriphile.

Elle était à l'autel; et peut-être en son cœur

Du fatal sacrifice accusait la lenteur.

Elle-même, tantôt, d'une course subite.

Etait venue aux Grecs annoncer votre fuite.

On admire en secret sa naissance et son sort.

Mais, puisque Troie enfin est le prix de sa mon,

L'armée, à haute voix, se déclare contre elle.

Et prononce à Calchas sa sentence mortelle.

Déjà, pour la saisir, Calchas lève le bras.

"Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas.

" Le sang de ces héros, dont tu me fais descendre,

" Sans tes profanes mains saura bien se répandre."

Furieuse, elle vole, et, sur l'autel prochain,

Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein.

A peine son sang coule et fait rougir la terre,

Les dieux font sur l'autel entendre le tonnerre ;

Les vents agitent l'air d'heureux frémissemens,

Et la mer leur répond par ses mugîssemens.

La rive au loin gémit, blanchissante d'écume;

La flamme du bûcher d'elle-même s'allume;

Le ciel brille d'éclairs, s'entr'ouvre, et parmi nous

Jette une sainte horreur, qui nous rassure tous.

Le soldat, étonné, dit que dans une nae Jusque sur le bûcher Diane est descendue ; Et croit que, s'élevant au travers de ses feux. Elle portait an Ciel notre encens et nos vœux. Tout s'empresse, tout part. La seule Iphigénie Dans ce commun bonheur pleure son ennemie.

Des mains d'Agamemnon venez la recevoir.

Venez : Achille et lui, brûlant de vous revoir. Madame, et désormais tous deux d'intelligence« Sont prêts à confirmer leur auguste alliance.

CLTTEMNE8TRE.

Par quel prix, quel encens, ô Ciel ! puis-je jamaif Récompenser Achille, et payer tes bienfaits!

foi LhnaaÊm,

La célèbre inaison de .Saiift-Oyr ayant été ^rinci]^- •lement établie pour élever dans la piété un fort grand nombre de jennes demoiselles rassemblées de tons les endroits du royaume, on n'y a rien oublié de tout ce qui pouvait contribuer à les rendre capables de servir Dieu dans les difierens états où il lui plaira de les appeler. Mais en leur montrant les choses essentielles et nécessaires, on ne néglige pas de leur apprendre celles <iui peuvent servir à leur polir l'esprit et à leur former le jugement. On a imaginé pour cela plusieurs moyens, qui, sans les détourner de leur travail et de leurs exercices ordinaires, les instruisent en leâ divertissant. On leur met, pour ainsi dire, à profit leurs heures de récréation. On- leur fiût faire entre elles, sur leurs principaux devoirs, des conversations ingénieuses qnkm- leuir a composées exprès, ou qu'elles-mêmes composent surle-champ. On les fait parler sur les histoires Qu'on

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