‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 118 sur 159 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ESTHER, ELISE, le Chœur.

O mon souirerain rbi, Me voici donc tremblante et seule devant toi ! Mon pare mille fois m'a dit, dans mon enfance, Clu*avec nous tu juras une sainte alliance, Gtuand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux. Il plut à ton amour de choisir nos aïeux.

Même tu leur promis de ta bouche sacrée Une postérité d'étemelle durée.

Hélas ! ce peuple ingrat a méprisé ta loi.

La nation chérie a violé sa foi.

ELe a répudié son époux et son pore.

Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère . Maintenant elle sert sous un maître étranger; Mais c'est«peu d'être esclave, on la veut égorger. Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes, Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes, Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel

Polisse ton nom, ton peuple, et ton autel, isi donc un perfide, après tant de miracles,

t>urrait anéantir la foi de tes oracles 1 Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons, Le saint que tu promets et que nous attendons 1 Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches, Ivres de notre sang, ferment les seules bouches Gtui, dans tout l'univers, eélèbrent tes bienfaits;

S80 BsraER,

Et confonds tons ces dienx qui ne furent jamais. Pour moi, que tu retiens parmi ees infidèles, Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles, Et que je mets au rang des profanations Leur table, leurs festins, et leurs libations ; due même cette pompe où je suis condamnée, Ce bandeau, dont il faut que je paraisse ornée Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés, Seule et dans le secret, je le foule à mes pieds; Gtu'à ces vains ornemens je préfère la cendre, Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre. J'attendais le moment marqué dans ton arrêt Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.

Ce moment est venu. Ma prompte obéissance Va d'un^roi redoutable affronter la présence. C'est pour toi que je marche. Accompagne mes pas Devant ce fier lion, qui ne te connaît pas.

Commande, en jne voyant, que son courroux s'apaise. Et prête à mes discours un charme qui lui plaise. Les orages, les vents, le^ Cienx te sont soudiis : Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis;

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