‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 34 sur 159 · BAJAZET, TRAGEDIE · texte numérisé non relu

BAJAZET, TRAGEDIE

Et fallait-il encor que, pour comble d'horreurs. Je ne passe imputer sa mort qu'à mes fureurs! Oni| c'est moi, cher amant, qui t'arrache la vie ; Roxane ou le sultan ne te l'ont point ravie.

Moi seule j'ai tissu le lien malheureux Dont tu viens d'éprouver les détestables nœuds. Et je puis, sans mourir, en souffrir la pensée 1 Moi qui n'ai pu tantôt, de ta mort menacée, Retenir mes esprits, prompts à m'abandonner ! Ah, n'ai-je eu de l'amour que pour t'asroissiner ! Mais c'en est trop. Il faut, par un prompt sacrifice, due ma fidèle main te venge, et me punisse.

Vous, de qui j'ai troublé la gloire et le repos, Héros, qui deviez tous revivre en ce héros ; Toi, mère malheureuse, et qui, dès notre enfance, Me confias son cœur dans une autre espérance ; Infortuné visir, amis désespérés, Roxane, venez tous, contre moi conjurés.

Tourmenter à la fois une amante éperdue ;

{EÎU se Uu.) Et prenez la vengeance enfin qui vous est due.

ZAÏRE

Ah, Madame I... Elle expire. OCiel ! En ce malheur, due ne puis-je avec elle expirer de douleur i

Fm DE BAJAIET.

ANDROMAQUE

TnOILB, iU TROm&ME UVRB DE VtSÉOm,

( Cest Enêe oui wirle,^

LrrroRAauE Epiri legimus, portnque subimns Chaonio, et celsam Buthroti ascendimus arbem.... Solemnes tum forte dapes, et tristia dona...

Libabat cineri Andromache, Manesque vocabac Hectoreum ad tumalam, viridi qnem cespite iiianem, Et gemînas, causam lacrymis, sacraverat aras.... Dejecit valtum, et demissa voce locuta est :

O felix una ante alias Priameîa virgo, Hostilem ad tumulum, Trojas snb meenibns altis, Jassa mon, quae sortitus non pertulit nllos, Nec victoris heri tetigit captiva cubile !

Nos, patria incensa, diversa per asquora vect», Stirpis Achilleœ fastus, juvenemque superbtun Servitio enixse tulimus, qui deinde secatus Ledaeam Henuionem, Lacedasmoniosqne hymensos... Ast illum, creptse magno inflammatns amore Conjugis, et sceleram fariis agitatnsi Orestes Excipit incantom, patriasque obtrnncat ad aras.

Voilà en peu de vers tout le sujet de cette tragédie; roilà le lieu de la scène, l'action qui s'y passe, les

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quatre principaux personitages, et même leuts carac* tères, excepté celui d'Hermione, dont la jalousie et les emportemens sont assez marqués dans VA%i/nmaqiu d'Euripide.

C'est presque la seule chose que j'emprunte ici de cet auteur; car, quoique ma tragédie porte le même nom que la sienne, le sujet en est pourtant très-diffiSrent. Andromaque, dans Euripide, craint pour la vie de Molossus, qui est un fils qu'elle a eu de Pyrrhus, et qn'Hermione veut faire mourir avec sa mère. Mais ici il ne s'agit point de Molossus : Andromaque ne connaît point d'autre mari qu'Hector, ni d'autre fils qu'Ast3ranax. J'ai cru en cela me conformer à l'idée que nous avons maintenant de cette princesse. La plupart de ceux qui ont entendu parler d'Andromaque ne la connaissent guère que pour la veuve d'Hector et pour la mère d'Astjranax. On ne croit point qu'elle doive aimer ni un autre mari ni un autre fils ; et je doute que les larmes d'Andromaque eussent fait sur l'esprit de mes spectateurs l'impression qu'elles 7 ont faite, si elles avaient coulé pour un autre fils que oèlni qu'elle avait d'Hector. ^^

D est vrai que j'ai été obligé de faire vivre Astyanax T^

un peu plus qu'il n'a vécu ; mais j'éorià dans un pays où cette liberté ne pouvait pas être mal reçue : car, tans parler de Ronsard, qui a choisi ce même Astyanaz

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pour le héros de sa F^andadê, qui ne sait que Von ûtti descendre nos anciens rois de ce fils d'Hectoi, et que nos vieilles chroniques sanventla vie à ce jeune prince, après la désolation de son pajrs, pour en faire le findateur de notre monarchie 1

Combien Euripide art-il été plus hardi dans sa tn^gédie à* Hélène! Il y choque ouvertement la créane*^ commune de toute la Grèce. Il suppose qu'Hélène n'i* jamais rais le pied dans Troie; et qu'après l'embrasement de cette ville, Ménélas trouve sa femme en Egypte, dont elle n'était point partie : tout cela fondé sur une opinion qui n'était reçue que parmi les Egyptiens, comme on le peut voir dans Hérodote.

Je ne erois pas que j'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai prise , car il y a bien de la difi^rence entre détruire le principal fondement d'une fable et en altérer quelques incidens, qui changent presque de &ce dans toutes les mains qui les traitent. Ainsi Achille, selon la plupart des poètes, ne peut être blessé qu'au talon, quoique Homère le fasse blesser au bras, et ne le croie invulnérable en aucime partie de son corps. Ainsi Sophocle fait mourir Jocaste aussitôt après la reconnaissance d'Œdipe; tout au contraire d'Euripide, qui la fait vivre jusqu'au combat et à la mort de ses deux fils. Et c'est à propos de quelque contrariété de cette nature

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qu'un ancien commentateur de Sophocle * remarque fort bien: "Gtu'il ne faut point s'amuser à chicaner ** les poètes pour quelques changemens qu'ils ont pu ** Taire dans la fable ; mais qu'il faut s'attacher à consi- 'Mérer l'excellent usage qu'ils ont fait de ces change- ^ mens, et la manière ingfoieose doat ib ont su acco» " moder la fable à leur sujet**

* SopboeUs Haetni

PERSONNAGES

ANDROMAatTE, venve d'Hector, captiTC dePyrw

rhus. PYRRHUS, fils d»AchiUe, roi d'Epire.

ORESTE, fils d*Agamemnon.

HERMIONE, fille d'Hyène, accordée avec Pyrrhus. .PYLADE, ami d'Oreste.

CLEONE, confidente d*Hennionc.

CEPHISE, confidente d'Andromaque.

PHŒNIX, gouverneur d'Achille, et ensuite de Pjrr-

rhus. •

SuTTG d'Obebte.

la Jcéfie eU à BviktoU, ville d'Epire^ dans vm salle i*

palais de Pyrrhus* .^

ANDROMACLUE^

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