‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 36 sur 159 · RE8TZ · texte numérisé non relu

RE8TZ

Je me trompais moi-mèiBt»

Ami, n'accable point un malheureux qui t'aime. T 'ai-je jamais caché mon cœur et mes désirs? Tu vis naître ma flamme et mes premiers soupirs.

Enfin, qaand Ménélas disposa de sa fille

En favear de Pyrrhus, vengeur de sa famille,

Tu vis mon désespoir; et tu m'as vu depuis

Traîner, de mers en mers,* ma chaîne et mes ennai&

Je te vis à regret, en cet état funeste,

Prôt à suivre partout le déplorable Oreste ;

Toujours de ma fureur interrompre le cours.

Et de moi-même enfin me sauver tous les jours.

Mais quand je me souvins que, parmi tant d'alarmes,

Hèrmione à Pyrrhus prodiguait tous ses charmes.

Tu sais de quel courroux mon cœur alors épris,

Voulut, en l'oubliant, punir tous ses mépris.

Je fis croire, et je crus ma victoire certaine.

Je pris tous 'mes transports pour des transports de haine ;

Détestant ses rigueurs, rabaissant ses attraits,

Je défiais ses yeux de me troubler jamais.

Voilà comme je crus étoufiTer ma tendresse. ^r^

En ce calme trompeur j'arrivai dans la Grèce ;

Et je trouvai d'abord ses prmces rassemblés, ?*^

du'un péril assez grand semblait avoir troublés. !i^^

J'y courus. Je pensai que la guerre et la gloire ^yj

De soins plus iraportans rempliraient ma mémoire, t,juJ

due, mes sens reprenant leur première vigueur, ^^

L'amour achèverait de sortir de mon cœur. 4^^

Mais admire avec moi Je sort, dont la poursuite ^*^

Me fait courir alors au piège que j'évite. U<«^

J'entends de tous côtés qu'on menace Pyrrhus. XT- -•

Toute la Grèce éclate en murmures confus.

On se plaint qu'oubliant son sang et sa promesse,

Il élève en sa cour l'ennemi de la Grèce,

Astyanaz, d'Hector jeune et malheureux fils,

94 ÂNDSOMAOïrB,

Reste de tant de rois sous Troie enserelis.

J'apprends que, pour rarir son enfance au supplice.

Andromaque trompa l'ingénieux Ulysseï

Tandis qu'un autre enfant, arraché de ses bras,

Sous le nom de son fils fut conduit au trépas.

On dit que, peu sensible aux charmes d'Hermione,

Mon rival porte ailleurs son cœur et sa couronne.

Ménélas, sans le croire, en parait affligé,

Et se plaint d'un hymen si long-temps négligé.

Parmi les déplaisirs où son âme se noie.

Il s'élève en la mienne une secrète joie.

Je triomphe, et pourtant je me flatte d'abord

due la seule vengeance excite ce transport.

Mais l'ingrate en mon cœur reprit bientôt sa place;

De mes feux mal éteints je reconnus la trace;

Je sentis quç ma haine allait finir son cours,

Ou plutôt je sentis que je l'aimais toujours.

Ainsi de tous les Grecs je brigue le sufirage.

On in'envoie à Pyrrhus. J'entreprends ce vo]rage.

Je viens voir si l'on peut arracher de ses bras

Cet enfant, dont la vie alarme tant d'états.

Heureux si je pouvais, dans l'ardeur qui me pressç,

Au lieu d'Astyanax, lui ravir ma princesse 1

Car enfin, n'attends pas que mes feux redoublés

Des périls les plus grands puissent être troublés.

Puisqu'après tant d'efforts ma résistance est vaine,

Je me livre en aveugle au transport qui m'entraîne.

J'aime, je viens chercher Hermione en ces lieux,

La fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux.

Toi, qui connais Pyrrhus, que penses-tu qu'il fasse?

Dans sa cour, dans son cœur, dis-moi ce qui se passe*

TBAOfilXB. 95

Mon Heimione encor le tient-elle asservi?

Me rcndra-t-il, Pylade, nn bien qu'il m'a ravil

PTULSE.

Je vous abuserais, si j'osais vous promettre

da'entre vos mains, Seigneur, il voulût la remettra.

Non que de sa conquête il paraisse flatté :

Pour la veuve d'Hector ses feux ont éclaté ;

Il l'aime. Mais enfin, cette veuve inhumaine

N'a payé jusqu'ici son amour que de haine ;

Et chaque jour encore on lui voit tout tenter

Pour fléchir sa captive ou pour l'épouvanter.

De son fils, qu'il lui cache, il menace la tète,

Et fait couler des pleurs qu'aussitôt il arrête.

Hermiône elle-même a vu plus de cent fois

Cet amant irrité revenir sous ses lois,

Et, de ses vœux troublés lui rapportant l'hommage,

Soupirer à ses pieds, moins d'amour que de rage. ^^5

Ainsi, n'attendez pas que l'on puisse aujourd'hui

Vous répondre d'un cœur si peu maître de lui. ^!^

Il peut, Seigneur, il peut, dans ce désordre extrême, T^

Epouser ce qu'il hait, et perdre ce qu'il aime. ^^

ORfiSTE. M-'

Mais, dis-moi, de quel œil Hermiône peut voir sr«-

Son hymen diffiâré, ses charmes sans pouvoir 1 3^^

Hermiône, Seigneur, au moins en apparence, i#«^

Semble de son amant dédaigner l'inconstance, ^^I

Et croit que, trop heureux de fléchir sa rigni^ur Il la viendra presser de reprendre son cœur.

Mais je l'ai vue enfin me confier ses larmes : Elle pleure en secret le mépnrde ses charmes.

96 AMDROMAaUE,

Toujours prête à partir, et demenrant tonjonrs» Ctueiquefois elle appelle Oreste à son secours.

OIIESTE.

Ah ! si je le croyais, j'irais bientôt, Pylade, Me jeter...

PTLADE.

Achevez, Seigneur, votre ambassade.

Vons attendez le roi. Parlez, et lui montrez Contre le fils d*Hector tons les Grecs conjnrte. Loin de leur accorder ce fils de sa maîtresse, Leur haine ne fera qu'irriter sa tendresse.

Plus on les veut brouiller, plus on va les unir. Pressez. Demandez tout, pour ne rien obtenir. Il vient.

Eh bien ! va donc disposer la cmelle A revoir un amant qui ne vient que pour elle.

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