‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 70 sur 159 · PYLADE · texte numérisé non relu

PYLADE

Il perd le sentiment. Amis, le temps nouf presse ; Ménageons les momens que ce transport nous laisse. Sauvons-lé. Nos efibrts deviendraient impuissans. S'il reprenait ici sa rage avec ses sens.

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IPHIGENIE,

h. n'y a rien de plus célèbre dans les poètes que le sacrifice d^phigénie ; mais ils ne s'accordent pas tons ensemble sur les plus importantes particnlarités de ce sacrifice. Les uns, comme Eschyle dans Agamemmm, Sophocle dans EUcirCf et après eux, Lucrèce, Horace, et beaucoup d'autres, veulent qu'on ait en effet répandu le sang d'Iphigénie, fille d'Agamemnon, et qu'elle soit morte en Aulide. H ne faut que lire Lucrèce au commencement de son premier livre :

Aulide quo pacto Triviaï virginis aram Iphianassai turparunt sanguine fcede Ductores Danaûm, etc.

Et Cljrtemnestre dit, dans Eschyle, qn'Agamemnos, son mari, qui vient d'expirer, rencontrera dans les enfers Iphigénie, sa fille, qu'il a autrefois immolée.

D'autres ont feint que Diane, ayant en pitié de ce*tff jeune princesse, l'avait enlevée et portée dans la Tau- ^-"'^'^ ride, au moment qu'on Pallait sacrifier; et que la

C^iS déesse avait fait trouver en sa place, ou une bicbe,

'^ ou une autre victime de cette nature. Euripide a suivi

cette fable, et Ovide l'a mise au nombre des métamorphoses. * .

il y a une troisième opinion, qui n'est pas moins ancienne que les deux autres, sur Iphigénie. Plusieurs "^jjlt; . auteurs, et entre antres Stesichorus, l'un des plus fa-

O.^ meuz et des plus anciens poètes lyriques, ont écrit

rii^i; «lii'il était bien vrai qu'une princesse de ce nom avait

1^ fi^^ été sacrifice, mais que cette Iphigénie était une fille

^^-^«1 lu'Hélëne avait eue de Thésée. Hélène, disent ces au-

;>»-«. teurs, ne l'avait osé avouer pour sa fille, parce qu'elle

~^! n'osait déclarer à Ménélas qu'elle eût été marite en

CZ:'xi' secret avec" Thésée. Pausanias * rapporte et le témoi-

^;^\T%] gnage et les noms des poètes qui ont été de ce senti-

^^^ ment ; et il ajoute que c'était la créance commmie de

tout le pays d'Argos.

Homère enfin, le père des poètes, a si peu prétendu qu'Iphigénie, fille d'Agamemnon, eût été ou sacrifiée en Aulide, ou transportée dans la Scythle, que dans le neuvième livre de Vlliade^ c'est-àrdire près de dix ans

* Corintb., p 196.

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PRÉFACB. 16&

depais l'arrivée des Grecs devant Troie, Agamemnon fait offrir en mariage à Achille sa iUle Iphigénie, qu'il a, dit-il, laissée à Mycène, dans sa maison.

J'ai rapporté tons ces avis si différens, et surtout le passage de Pausanias, parce que c'est à cet auteur que je dois l'heureux personnage d'Eriphile, sans lequel je n'aurais jamais osé entreprendre cette tragédie. Cluelle apparence que*j'eusse souillé la scène par le meurtre horrible d'une personne aussi vertueuse et aussi aima* ble qu'il fallait représenter Iphigénie 1 Et quelle apparence encore de dénouer ma tragédie par le secours d'une déesse et d'une machine, et par une métamorphose qui pouvait bien trouver quelque créance du temps d'Euripide, mais qui serait trop absurde et trop incroyable parmi nous 1

Je puis dire donc que«j'ai été trôs-heureux de trouver dans les anciens cette autre Iphigénie, que j'ai pu représenter telle qu'il m'a plu, et qui, tombant dans le malheur où cette amante jalouse voulait précipiter sa rivale, mérite en quelque façon d'être punie, sans ôtre pourtant tout-à-fait indigne de compassion. Ainsi le dénoûment de la pièce est tiré du fond môme de la oièce ; et il ne faut que l'avoir vu représenter, pour somprendre quel plaisir j'ai fait au spectateur, et en 5auvant à la fin une princesse vertueuse pour qui il^ «'est si fort intéressé dans le cours de la tragédie, et!

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170 m£Piti».

en la saayant par une antre roie qae par on miracle, qu'il n'aurait pu souffrir, parce qu'il ne le saurait jamais croire.

i-'^»» , Le voyage d'Achille à Lesbos, dont ce héros se rend

^15 ' maître, et d'où il enlève Eripliile avant que de venir

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