‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 78 sur 159 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

IPHIGENIE, ERIPHILE, DORIS.

IPHIGÉNIE

De cet accueil que ilois-je soupçonuer 1 D'uae secrète horreur je me sens frissonner.

Je crains, malgré moi-même, un malheur que j'ignore. Justes dieux I vous savez pour qui je vous implore !

ÊRIPHlLE.

Cluoi ! parmi tous les soins qui doivent l'accajbler, Cluelque froideur suffit pour vous faire trembler 1 Hélas ! à quels soupirs suis-je donc condamnée, Moi qui, de mes parens toujours abandonnée.

Etrangère partout, n'ai pas, même en naissant, Peut-être reçu d'eux un regard caressant !

Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père, Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; Et, de quelque disgrâce, enfin, que vous pleuriez, duels pleurs par un amant ne sont point eséuyésl

IPHIGÉNIE

Je ne m'en défends point. Mes pleurs, belle Eriphile, Ne tiendront pas long-temps contre les soins d'Achille. Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir, Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir.

S02 IPBIGlgNIE,

Mais de lui-môme ici que fant-il que je pense 1 Cet amant, pour me voir; brûlant d*impatiencc, due les Grecs de ces bords ne pouvaient arracher du'un père, de si loin, m'ordonne de chercher, S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue Glu'avec tant de transports je croyais attendue 1 Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux, Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux.

Je rattendais partout, et, d'un regard timide, Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide, Mon cœur, pour le chercher, volait loin devant moi, Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens, j'arrive enfin, sans qu'il m'ait prévenue^ Je n'ai percé qu'à peine une foule inconnue ; Lui seul ne paraît point. Le rriste Agamemnon Semble craindre à mes yeux de prononcer son nouL Que fait-in Qui pourra m'expliqner ce mystère 1 Trouverai-je l'amant glacé comme le père 1 Et les soins de la guerre auraient-ils en un jour Eteint dans tous les coeurs la tendresse et l'amour. Mais non, c'est l'offenser par d'injustes alarmes. C'est à moi que l'on doit le secours de ses armes. Il n'était point à Sparte entre tous ces amans Dont le père d'Hélène a reçu les sermens.

Lui seul, de tous les Grecs, maître de sa parole. S'il part contre Dion, c'est pour moi qu'il y vole ; Et, satisfait d'un prix qui lui semble si doux. Il veut même y porter le nom de mon époux.

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