‹ Œuvres choisies de Jean RacineChapitre 92 sur 159 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ERIPHILE, DORIS.

DORIS

Ah ! que me dites-vous 7 Ctuelle étrange manie Vous peut faire envier le sort d'Iphigénie 'i Dans une heure elle expire. 'Et jamais, dites-voiw, Vos yeux de son bonheur ne furent plus jaloux. Clui le croira, Madame 1 Et quel cœur si farouche.....

ÉRIPHILE

Jamais rien de plus vrai n'est sorti de ma bouche.

Jamais de tant de soins mon esprit agité

Ne porta plus d'envie à sa félicité.

Favorables périls ! Espérance inutile !

N*as-tu pas vu sa gloire,, et le trouble d'Achille 1

J'en ai vu, j'en ai fui les signes trop certains.

Ce héros, si terrible au reste des humains,

Clui ne connaît de pleurs que ceux qu'il fait répandre,

Clui s'endurcit contre eux dès l'âge le plv.o tendre,

Et qui, si l'on nous fait un fidèle discours,

Suça même le sang des lions et des ours,

Pour elle de la crainte a fait l'apprentissage :

Elle l'a vu pleurer et changer de visage.

336 iraioÊNfB,

F.t tu la plains, Doris 1 Par combien de malhenrs

Ne loi voudrais-je point disputer de tels pleurs T

Gluand je devrais, comme elle, expirer dans une heure..^.

Mais, que dis-je, expirer ! Ne crois pas qu'elle meure.

Dans un lâche sommeil crois-tu qu'enseveli,

Achille aura pour elle impmiément pâli 1

Achille à son malheur saura bien mettre obstacle.

Tu verras que les dieux n'ont dicté cet oracle

due pour croître à la fois sa gloire et mon tourment.

Et la rendre plus belle aux yeux de son ama*«t.

Eh quoi ! ne vois-tu pas tout ce qu'on fait pour elle'i

On supprime des dieux la sentence mortelle ;

Et, quoique le bûcher soit déjà préparé.

Le nom de la victime est encore ignoré.

Tout le camp n'en sait rien. Doris, à ce silence.

Ne reconnais-tu pas un père qui balance ? .

Et que fera-t-il donc 1 Gluel courage endurci

Soutiendrait les assauts qu'on lui prépare ici^

Une mère en fureur, les larmes d'une fille.

Les cris, le désespoir de toute une famille,

Le sang à ces objets facile à s'ébranler,

Achille, menaçant, tout prêt à l'accabler :

Non, te dis-je, les dieux l'ont en vain condamnée;

Je suis, et je serai la seule infortimée.

Ah ! si je m'en croyais !

DORIS

Gluoil que méditez-vous *>

ÉRIPHILE

Je ne sais qui m'arrête et retient mon conrroux ; due, par un prompt avis de tout ce qui se passe, Je ne coure des dieux divulguer la menace.

Kt publie! partout leurs complots criminels Glu'on fait ici contre eux et contre leurs autels.

BORIS

Ah! quel dessein, Madame !

ÉRIPHILE

Ah ! Doris, quelle joie !

due d'encens brûlerait dans les temples de Troie I Si, troublant tous les Grecs et ven^^eant ma prison, Je pouvais contre Achille armer Agamemnon j Si leur haine, de Troie oubliant la querelle. Tournait contre eux le fer qu'ils aiguisent contre ellej Et si, de tout le camp, mes avis dangereux Faisaient à ma patrie un sacrifice heureux !

DORIS

J'entends du bniit. Où vient. Clytemnestre s'avance ; Remettez-vous, Madame, ou fuyez sa présence.

. ÊRIPHILE.

Rentrons; et, pour troubler un hymen odieux, Consultons -^es fareurs qu'autorisent les dieux.

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