‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 102 sur 124 · SCÈNE VIL BERNARD, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL BERNARD, HÉLÈNE

HÉLÈNE

Ce qu'il vient de dire est-il vrai, Monsieur ? . . . Vous voulez partir, nous quitter?

BERNARD

Oui, Mademoiselle . . . oui, il le faut.

HÉLÈNE

Pourquoi ? . . . D'où peut venir cette brusque résolution ?

Je ne puis vous le dire, Mademoiselle . . . Mais croyez qu'un motif impérieux . . .

HÉLÈNE

Je dois le croire... car sans cela... Oh! mon Dieu! je ne sais ce que j'éprouve. (Timidement). Monsieur Bernard, votre cœur a-t-il à se plaindre de nous? berna kd, vivement.

Oh! Mademoiselle, vous ne le pensez pas.

HÉLÈNE

Hélas ! je ne sais que croire . . . qu'imaginer . . . Mon père aurait-il involontairement ? . . . Il a parfois encore toute la pétulance, toutes les mutineries, tous les emportements du jeune âge . . . C'est un enfant, mon pauvre père ; mais si bon, si cbarmant! S'il lui est arrivé de vous offenser, il

La charge sonne = het sein tôt den aanval wordt geblazen; impér i e ux = gebiedende ; pétulance = uitgelatenheid ; mutineries = dartelheid

n'en sait rien lui-même : il ne faut pas lui en vouloir.

BERNARD

Je n'ai qu'à me louer de monsieur le marquis, Mademoiselle. Je n'ai rien à lui pardonner.

HÉLÈNE

Alors, je ne puis comprendre ... Si ce n'est lui . . . c'est moi peut-être qui, sans m'en douter, vous ai fait de la peine.

BERNARD

Vous, Mademoiselle . . . Vous ! . . .

Mon Dieu ! je cherche ... je tâche de savoir . . . car enfin, monsieur Bernard ... on ne part pas ... on ne s'en va pas sans motifs.

BERNARD

Que vous dirai-je, Mademoiselle? . . . Ma vie s'est passée à l'armée ... Je suis jeune encore . . . j'aime mon métier. Hélène, souriant d'un air de doute.

Oh! la guerre est finie... On ne la recommencera pas pour vous.

Bernard, embarrassé.

Non . . . sans doute . . . mais . . .

Hélène, lui imposant silence.

de n'est pas cela . . . soyez franc . . . D'ailleurs, vous avez tout le temps de prendre un parti . . . Nous touchons à l'hiver ; il faut rester avec nous jusqu'au printemps . . . Vous chasserez avec mon père, et le soir, au coin du feu, vous me raconterez vos campagnes.

BERNARD

Non, Mademoiselle, non . . . Vivre de votre vie est un bonheur qui n'est pas fait pour moi.

HÉLÈNE

C'est donc par fierté, par orgueil que vous voulez vous éloigner ?

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