‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 104 sur 124 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

HÉLÈNE

Soyez plus juste envers vous-même . . . Quel cœur si haut placé pourrait se croire au-dessus du vôtre?

BERNARD

Qu'entends-je ? . . . Oh ! vous ne voudriez pas railler mon désespoir . . . C'est par pitié que vous parlez ainsi.

HÉLÈNE

Par pitié ! . . .

BERNARD

Si je vous disais que c'est vous que j'aime, un tel aveu dans ma bouche ne vous offenserait donc pas?

HÉLÈNE

Monsieur Bernard !

BERNARD

Eh bien ! oui, je vous le dis, c'est vous que j'aime. Dès que je vous ai vue, j'ai senti que ma vie ne m'appartenait plus. Je détestais la noblesse, le son de votre voix a suffi pour dompter ma haine ; j 'avais le cœur plein de tempêtes, un seul de vos regards a suffi pour l'apaiser. Vainement j'ai voulu résister au charme qui m'envahissait, je ne pouvais m'arracher au bonheur de vous voir, de vous entendre, de m 'enivrer à toute heure de votre présence. Mais maintenant que vous savez ce qu'au prix de ma vie je n'aurais jamais osé vous dire, vous comprenez, n'est-ce pas? que si je veux vous quitter, vous fuir, c'est que vous-même à l'instant allez m'en donner l'ordre; c'est que je ne puis être aimé, c'est qu'enfin tout me défend de rester auprès de vous . . . Hélène, irès-émue.

Et si je vous dis que mon cœur me le permet?

BERNARD

Ah ! (Il se jette sur la main d'Hélène qu'il couvre de baisers. — La porte du fond s'ouvre, la Baronne parait. Hélène, en se retournant, aperçoit la Baronne, elle pousse un cri et retire brusquement sa main).

je détestais = ik verfoeide ; dompter = temmen

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