ACTE TROISIÈME
un autre homme que mon mari, pour un étranger, me parait un sentiment contre nature.
GASTON
Voilà des idées de matrone romaine, ma chère Antoinette ; conservez-les toujours pour mon honneur et mon bonheur.
ANTOINETTE
Prenez garde ! il y a le revers de la médaille ! je suis jalouse, je vous en avertis. Comme il n'y a pour moi qu'un homme au monde, il me faut toute son affection. Le jour où je découvrirais qu'il la porte ailleurs, je ne ferais ni plainte ni reproche, mais le lien serait rompu ; mon mari redeviendrait tout à coup un étranger pour moi ... je me croirais veuve. Gaston, a part.
Diable ! {Haut.) Ne craignez rien à ce sujet, chère Antoinette . . . nous allons vivre comme deux tourtereaux, comme Philémon et Baucis1), sauf la chaumière... Vous ne tenez pas à la chaumière?
Pas le moins du monde.
GASTON
Je veux donner une fête splendide pour célébrer notre mariage, je veux que vous éclipsiez toutes les femmes et que tous les hommes me portent envie.
ANTOINETTE
Faut-il tant de bruit autour du bonheur?
GASTON
Est-ce que vous n'aimez pas les fêtes ?
ANTOINETTE
J'aime tout ce qui vous plait. Avons-nous du monde â diner aujourd'hui ?
éclipsier = inde schaduw stellen ; me portent e n vi e = niij benijden
') Jupiter et Mercure, voyageant incognito en Phrygie, furent repoussés partout mais accueillis dans la chaumière de Philémon et Baucis. Comme récompense ils demandèrent de ne point mourir l'un sans l'autre et furent changés en chêne et en tilleul.
GASTON
Non, c'est demain ; aujourd'hui, nous n'avons que Montmeyran. Pourquoi cette question ?
ANTOINETTE
Dois-je faire une toilette ?
Parbleu ! — je veux qu'en te voyant Hector ait envie de se marier.
ANTOINETTE
Oh ! je suis bien heureuse ! Elle sort, entre Poirier.