‹ Œuvres choisies de Jules SandeauChapitre 29 sur 124 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Mais, dans mon erreur, je vous ai laissé mettre ma maison sur un ton que je ne peux pas soutenir à moi seul ; et, puisqu'il est bien convenu que nous n'avons à nous deux que ma fortune, il me paraît juste, raisonnable et nécessaire de supprimer de mon train ce qu'il me faut rabattre de mes espérances. J'ai donc songé à quelques réformes que vous approuverez sans doute.

GASTON

Allez, Sully! allez, Turgot!...1) coupez, taillez, j'y consens ! Vous me trouvez en belle humeur, profitez-en !

POIRIER

Je suis ravi de votre condescendance. J'ai donc décidé, arrêté, ordonné ... .

GASTON

Permettez, beau- père : si vous avez décidé, arrêté, ordonné, il me parait superflu que vous me consultiez.

POIRIER

Aussi ne vous consulté-je pas ; je vous mets au courant, voilà tout.

GASTON

Ah ! vous ne me consultez pas ?

POIRIER

Cela vous étonne ?

GASTON

Un peu ; mais, je vous l'ai dit, je suis en belle humeur.

POIRIER

Ma première réforme, mon cher garçon.

Vous voulez dire mon cher Gaston2), je pense? La langue vous a fourché.

t r a i n = huishouding ; r a b a 1 1 r e = laten varen ; condescendance = inscliikkelijkheid ; la langue vous a fourché = u hebt u versprokcn

l) Sully, ministre de Henri IV. Turgot, ministre de Louis XIV. 8) Jeu de mots.

POIRIER

Cher Gaston, cher garçon . . . c'est tout un . . . De beaupère à gendre, la familiarité est permise.

GASTON

Et, de votre part, monsieur Poirier, elle me flatte et m'honore . . . Vous disiez donc que votre première réforme ? . . . poirier, se levant.

C'est, monsieur, que vous me fassiez le plaisir de ne plus me gouailler. Je suis las de vous servir de plastron.

GASTON

Là, là, monsieur Poirier, ne vous fâchez pas !

POIRIER

Je sais très bien que vous me tenez pour un très petit personnage et pour un très petit esprit ; mais . . .

GASTON

Où prenez-vous cela ?

Mais vous saurez qu'il y a plus de cervelle dans ma pantoufle que sous votre chapeau.

GASTON

Ah ! fi ! voilà qui est trivial . . . vous parlez comme un homme du commun.

PORIER.

Je ne suis pas un marquis, moi !

GASTON

Ne le dites pas si haut, on finirait par le croire.

POIRIER

Qu'on le croie ou non, c'est le cadet de mes soucis. Je n'ai aucune prétention à la gentilhommerie, Dieu merci ! je n'en fais pas assez de cas pour cela.

GASTON

Vous n'en faites pas de cas ?

POIRIER

Non, monsieur, non ! Je suis un vieux libéral, tel que

gouailler = uitlachen ; plastrou = mikpunt ; t r i v i a 1 = plat ; c'est 1" cadet de mes soucis = het is mijn laatste zorg

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