ACTE I, SCÈNE IV
Comment ! . . . De qui parles-tu? . . . Ah! bien, bien, de Thomas Stamply, mon ancien fermier . . . Mais oui, mais oui, c'était un vieux brave homme.
HÉLÈNE
Oh ! mon père, un digne, un excellent ami ! Que de reconnaissance ne lui devons-nous pas !
LE MARQUIS
Moi !
HÉLÈNE
Rappelez-vous avec quelle simplicité touchante il nous reçut au seuil de cette porte; ses genoux fléchissaient, ses yeux étaient mouillés de larmes ; il prit votre main, la baisa, et vous dit d'une voix émue: Monsieur le marquis, vous êtes chez vous.
LE MARQUIS
Eh bien ! est-ce qu'en effet je n'étais pas chez moi ?
HÉLÈNE
La République avait confisqué tous vos biens.
LE MARQUIS
Jamais je ne lui en ai reconnu le droit.
HÉLÈNE
Cependant . . .
LE MARQUIS
Ah ! par exemple, il m'a rendu le tout en bon état, je me plais à le reconnaître. Oui, oui, des bois bien aménagés, des étangs poissonneux, des forêts giboyeuses ... le bonhomme s'y entendait. Aussi l'ai-je comblé d'égards. Du plus loin que je l'apercevais, je lui criais : Bonjour, papa Stamply, bonjour ! Ça le flattait. Et quand il est mort, tu as désiré qu'il fût inhumé au fond du parc; m'y suis-je opposé? qu'on lui élevât un petit mausolée : me suis-je fait tirer l'oreille ?
- genoux fléchissaient = zijn knieën knikten , confisqué = verbeurd verklaard ; aménagés = aangelegd ; giboyeuses = wildrijk ; inhumé = begraven ; mausolée = praalgraf ; me suis-je fait tirer 1" o r e i 1 1 e = heb ik me laten bidden en smeeken
S'il n'est pas content là-haut, ma foi, il est bien difficile, ce n'est qu'un ingrat; je suis quitte envers sa mémoire.
HÉLÈNE
Oh ! mon père, vous ne le pensez pas.
LE MARQUIS
Si fait, pardieu ! je le pense.
HÉLÈNE
Si vous saviez le mal que vous me faites ! . . .
LE MARQUIS
A toi, mon enfant?
jasmin, annonçant du fond.
Madame la baronne et monsieur le baron de Vaubert.
LE MARQUIS
Allons, bon ! Ils étaient en retard ... ils arrivent bien, maintenant ! — Qu'ils entrent. — Voyons, voyons, j'ai eu tort . . . n'y pense plus, et embrasse-moi. (Il la presse sur son cœur.)